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ENOCs ?


Disons le tout de suite : un ENOC, dans l'acception donnée ici, n'est pas un état pathologique – ni démence, ni ivresse, ni délire ! Les ENOCs dont il est question ici sont des états modifiés de conscience constructifs et constructeurs, régénérants, équilibrants. Ils sont capables de vous enrichir de multiples façons, de vous ouvrir à des émotions et des ressentis positifs, (re)structurants et libérateurs...

Libérateur de quoi ? Déjà de votre état de conscience ordinaire, de votre ECO ...

 

L'État de Conscience Ordinaire

 

Notre état de conscience ordinaire est un outil, une structure, un mécanisme d'intégration qui nous permet d'interagir avec une certaine réalité sociale acceptée – un consensus de réalité. / Charles T. Tart –  Ph. D. en psychologie

 

Pour vous éclairer, voyons d'abord ce qu'est un ECO, un état de conscience ordinaire.

Un ECO, c'est l'état de conscience dans lequel vous êtes d'habitude, dans votre quotidien. C'est votre état de veille, celui dans lequel vous vaquez à vos occupations journalières pour travailler, vous adapter à votre environnement, « fonctionner » rationnellement avec votre « raison raisonnante », résoudre les problèmes que pose la vie et répondre aux choses et aux événements usuels. Un ECO est soumis aux croyances en ce qui est la réalité, la logique et la causalité, telles qu'elles sont acceptées par votre culture : au consensus de réalité auquel vous adhérez.

L’ECO, c'est un état que nous connaissons tous, tous les jours, et sur la plus grande partie de la journée. On y mange, on y parle, ou y travaille, on s'y déplace. Mais on n'y dort pas, on n'y rêve pas : car sommeil et rêve correspondent à certains types d'ENOCs – et il est bien évident que dans sommeil et rêve, nous ne sommes pas dans des états ordinaires de conscience[1] marqués par le rationnel. En effet, dans le sommeil, la conscience, dans son sens habituel de moyen d'être conscient de soi et de son existence, n'est guère activée. Et dans le rêve où l'on est en général plus ou moins conscient de soi, tout est possible, plastique, modulable : la conscience accepte sans réserve tous les contenus, tous les scénarios, hors de la logique banale. La conscience est alors dans un autre plan, dans un état modifié par rapport à l'ECO – dans un état non ordinaire de conscience.

Vous souvenez-vous du déroulement de votre journée d'hier ? Oui ? Non ? Peut-être vous faut-il faire un effort de mémoire pour retrouver quelque chose de votre vécu d'hier ?

Si c'est bien le cas, cela signifie que vous étiez dans un ECO, hier : vous avez fait les choses au fur et à mesure, sans ressentir rien de saillant – ni jouissance aiguë, ni exaltation, ni « Eurêka ». Vous n'avez pas été étonné, ni interdit, ni interloqué. Vous n'êtes pas allé au top-niveau de vos possibilités, vous n'avez rien découvert, vous n'avez que peu créé. Vous avez juste vécu une journée, dans le défilé des jours qui se suivent et se ressemblent pour le non-souvenir qu'il en reste. Vous vous êtes peut-être agité, énervé ; vous avez certainement mangé et bu, travaillé, fait votre toilette et choisi vos vêtements. Vous avez répondu quand on vous parlait, embrassé vos enfants ; vous avez donné des instructions, éventuellement signé des papiers et lu votre journal. Vous vous êtes couché, vous avez encore pensé à certaines choses pour le lendemain...

Vous le voyez, ce qui caractérise un ECO :

  • C'est ce qu'il est : plutôt neutre, usuel, banal. Il est orienté sur l'extérieur de vous-même ; il vous permet d’être intelligible pour autrui ; il est « dicible »; il vous maintient dans le cadre de ce qui est un comportement « normal » pour votre société ;
  • Et ce qu'il n'est pas : il n'est pas caractérisé par des aspects psychologiques et mentaux non-habituels tels que exaltation, jouissance, concentration, créativité, implication, découverte (et vous le verrez plus loin, dans certains cas : pouvoirs). Il est orienté sur l'intérieur de vous-même ; il est souvent plus difficilement explicable à autrui : plus indicible.

Mais, les ENOCs, eux, peuvent ouvrir à tout cela : enthousiasme, trouvailles, pouvoirs. Ils permettent l'accès à autre chose que le monde ordinaire – et même parfois avec quelque chose qui est ressenti de l'ordre d'un transcendant... Aboutir à cela est si désirable que toutes les cultures humaines ont cherché des moyens pour y parvenir. Elles ont mis au point des techniques et des méthodes et elles nous les ont transmises à travers les peintures rupestres, la tradition orale, les mythes et les rites, la statuaire, les structures des sanctuaires, les symboles des contes, les enseignements ésotériques...

Ces techniques, ces méthodes, visent toutes à « fasciner » la conscience ordinaire, à la mettre en veilleuse, de manière à ce qu'un ENOC puisse se manifester. Oui, ce qui brouille l'ENOC, ce qui l'empêche de se manifester, c'est bien le barrage que fait l'ECO. Aussi, il nous faut apprendre à entrer dans un ENOC. Car, à part le sommeil et le rêve, qui sont des ENOCs sur lesquels on n'a spontanément que peu de contrôle[2], l'accès à des ENOCs est le plus souvent lié à un entraînement volontaire utilisant certaines techniques ou à une démarche initiatique auprès d'un chaman, par exemple.

Il n'est, bien sûr, pas question ici de diminuer l'intérêt – et même l'aspect indispensable – de l'ECO. Je ne veux nullement prôner la permanence d'ENOC chez qui que ce soit : on toucherait là à la pathologie. Car la vie, c'est nécessairement aussi le struggle for life et le quotidien banal. L'ECO a son utilité, il porte l'attention sur le monde extérieur tel qu'il apparaît, il permet d'assumer, d'agir dans l'usuel. Il correspond au plan d'existence matériel : il faut se nourrir et pourvoir aux divers autres besoins entretenant la vie biologique – et il n'est nul besoin d'ENOC pour cela. L'ECO assure aussi la communication avec autrui par le vecteur des mots, des concepts (« de ma bouche à ton oreille » mais pas « de mon âme à ton âme » – ce qui serait la communication en ENOC). L'ECO est le niveau de la compréhension intellectuelle des choses, mais pas celui de la connaissance intuitive, spontanée, globale, qui relève d'un ENOC.

 

Après l’illumination, la lessive. / Parole zen

 

Même les « spécialistes » des ENOCs, chamans, guérisseurs, mages, mystiques, méditants, ne restent jamais de façon permanente en ENOC. Il y a un temps pour tout – et c'est très bien ainsi.

Donc, ne vous méprenez pas : les ENOCs ne doivent pas servir à fuir la vie, l'action et les contraintes et nécessités ! Mais :

  • Ils vous amèneront à être plus riche de possibilités, plus équilibré, plus épanoui, plus fort, plus actif, plus sain et plus heureux
  • Ils vous montreront d'autres facettes de la vie et de vous-même
  • Ils ouvriront votre esprit, ils augmenteront vos pouvoirs, vos savoirs
  • Ils vous aideront sans doute aussi à mieux comprendre, à aimer et à respecter la Vie – la vôtre et celle de tout ce qui vit sur notre belle Terre...

Alors, ces ENOCs, c'est quoi ?

Il y en a de différentes sortes et un des éléments fondamentaux de l'ENOC, c'est qu'il est provoqué et contrôlé –  et pas incident et anarchique[3] : il est l'outil mental permettant le glissement vers une autre réalité ou vers les contenus profonds de votre psyché.

L'ENOC peut être induit par soi ou par quelqu'un d'autre, et il vise un but positif : relaxation, correction de quelque aléa, exploration, (auto)guérison, précognition, information, initiation ou autre. Le langage courant a des mots pour ces états qui entrent dans la catégorie des ENOCs :

  • Rêverie
  • Relaxation – états sophroniques
  • Méditation – contemplation
  • Concentration
  • Créativité
  • Hypnose, auto-hypnose et états hypnagogiques
  • Rêve et rêve lucide
  • Vision
  • Transe
  • Extase
  • Révélation – effet « Eurêka »
  • Illumination – satori
  • OBE (out of body experience, c'est-à-dire expérience hors du corps)
  • NDE (near death experience, c'est-à-dire expérience de mort imminente : EMI)

Nous les aborderons plus extensivement dans les chapitres suivants. Pour l’instant, sachons qu’il y a différents types d’ENOCs, de différentes intensités, et ils ont des particularités les distinguant de l’ECO.

 

Des critères

Dans les ENOCs, l’un ou les autres (pas forcément tous) des aspects suivants du vécu ordinaire sont altérés[4] : le sens du temps, de l'espace, du corps, du Moi. Vous avez certainement besoin de critères pour identifier l'ENOC, aussi je vous donne ci-dessous des caractéristiques auxquelles vous pouvez reconnaître que vous êtes en ENOC.

Sachez déjà que n'importe laquelle de ces caractéristiques signe un ENOC et qu'une seule suffit.

Ainsi, elles n'ont pas à être présentes toutes ensembles. Les voici :

  • Vous pouvez ressentir une modification, un ralentissement de l'activité mentale spontanée (cette espèce de pensée automatique – ce bavardage plus ou moins informe qui habite presque en permanence notre mental). Celle-ci diminue jusqu'à disparaître parfois complètement. Cela peut se rencontrer dans les ENOCs suivants : sommeil, rêves, rêves lucides, états hypnagogiques, hypnose et auto-hypnose, Postures de Transe[5], méditation, intense concentration, vision, transes, extase, OBE
  • Vous pouvez ressentir comme une impression de « descendre en vous ». Ce peut être le cas dans les ENOCS suivants : méditation, Postures de Transe, hypnose et auto-hypnose, extase, certains rêves lucides, certaines transes
  • Vous pouvez avoir des manifestations physiques qui ne sont pas liées aux conditions du lieu, de l'environnement : par exemple osciller, avoir des mouvements involontaires, des afflux de chaleur ou de froid... Ou encore ressentir des impressions de vous métamorphoser en animal, en plante ou en d'autres êtres encore. Ce peut être le cas dans les ENOCS suivants : Postures de Transe, certains rêves et rêves lucides, certaines transes
  • Vous sentez que vous vous détendez ou que vos énergies se restaurent, que vous vous régénérez, que monte en vous une forme d’euphorie. Ce peut être le cas dans les ENOCS suivants : relaxation, méditation, intense concentration, Postures de Transe, hypnose et auto-hypnose, extase, certains rêves lucides, certaines transes
  • Vous pouvez avoir une exacerbation ou au contraire une réduction (voire une élimination) de votre activité motrice – et vous pouvez aussi avoir des sortes de « transes-décharges », comme des secousses pouvant défaire des « nœuds » musculaires ou/et décharger des tensions accumulées. Cela peut se rencontrer dans les ENOCS suivants : hypnose et auto-hypnose, états hypnagogiques, certaines transes, méditation, extase
  • Vous pouvez ressentir une distorsion dans votre sentiment du temps, de la durée. Le temps peut se rétrécir ou s'allonger – et même, dans certains cas, le temps devient un concept sans signification. Cela peut se rencontrer dans les ENOCS suivants : Postures de Transe, certains rêves, rêves lucides, hypnose et auto-hypnose, états hypnagogiques, méditation, concentration, extase, certaines transes, OBE
  • Vous pouvez avoir une distorsion dans votre sentiment de l'espace ou des alentours – ils peuvent être différents de ce qu'ils sont en fait. Vous pouvez aussi vous percevoir ou vous sentir être dans des environnements tout à fait différents : autres lieux, autres mondes... Ce peut être le cas dans les ENOCS suivants : Postures de Transe, certains rêves, rêves lucides, hypnose et auto-hypnose, états hypnagogiques, méditation, intense concentration, extase, certaines transes, OBE
  • Vous pouvez ressentir une modification du sens de votre identité personnelle. Les limites du corps, du Moi, peuvent être ressenties comme élargies, éloignées. Ce peut être le cas dans les ENOCS suivants : Postures de Transe, certains rêves, rêves lucides, hypnose, auto-hypnose, états hypnagogiques, vision, extase, certaines transes, OBE
  • Vous pouvez recevoir des manifestations d'inspiration, de flashes de créativité, des effets « Eureka » : survenue de messages, d'informations, de compréhension subite. Cela peut se rencontrer dans les ENOCS suivants : certains rêves, rêves lucides, Postures de Transe, hypnose, auto-hypnose, états hypnagogiques, visions, extase, certaines transes, OBE
  • Vous pouvez avoir le sentiment d'avoir accès à des « lieux » ou à des contenus emplis de potentialités, où il vous devient possible de puiser ce dont vous avez besoin. Cela peut être le cas des ENOCS suivants : certains rêves lucides, extase, certaines transes et Postures de Transe, OBE
  • Vous pouvez aussi vous sentir affranchi de la lourdeur et de la matérialité du corps. Cela peut se rencontrer dans le cas des ENOCS suivants : certains rêves, rêves lucides, hypnose, auto-hypnose, extase, certaines transes et Postures de Transe, visions, OBE
  • Votre psychomental peut s'ouvrir sur « autre chose » : par exemple, vous pouvez avoir des intuitions par-delà les limites du temps, de la matière et de l'espace – ou même ressentir que ces limites sont artificielles et n'existent pas à ce niveau de conscience. Cela peut se rencontrer dans les ENOCS suivants : certains rêves, rêves lucides, vision, méditation, intense concentration, extase, certaines transes et Postures de Transe, OBE
  • Vous pouvez développer un sentiment de calme, de paix, de force tranquille, de sérénité ou d'extase, vous sentir plus proche de quelque chose qui, pour vous, pourrait être de l'ordre du transcendant. Cela peut se rencontrer dans les ENOCS suivants : méditation, intense concentration, extase, certaines transes et Postures de Transe, OBE
  • Vous pouvez aussi aller jusqu'à ressentir une expansion de votre être, de votre conscience – qui peut aller jusqu'à la sensation de vous fondre dans le cosmique avec un sentiment d'unité et de contact avec de l'ineffable. Cela peut se rencontrer dans les ENOCS suivants : vision, extase, OBE...

Je le rappelle : n'importe laquelle et toutes ces manifestations sont preuves d'ENOC et sont critères de l'existence effective de l'ENOC. Il suffit qu'une seule d'entre elle se soit manifestée pour signifier qu'un état non-ordinaire de conscience a été atteint et vécu. Quand vous-mêmes vivrez un ENOC, c'est par un ou plusieurs de ces critères que vous pourrez juger du fait que vous êtes bel et bien entré en transe.

Toute la suite de cet ouvrage va vous familiariser le plus concrètement possible avec ces différents ENOCs. Ce sera beaucoup à travers les récits de ceux qui, en Occident et ailleurs, en ont expérimenté. Car, même s’il y a là un côté indicible, c’est encore ceux qui ont vécu des ENOCs, dans leur corps et leur être, qui vous les communiquerons le mieux. Je l’ai dit : un ENOC est de l’ordre de l’expérience intime, du vécu – ce n’est pas de la littérature et aucune description scientifique ne peut donner l’essence, la quintessence d’un ENOC.

 

Les Spécialistes des ENOCs

Vous vous demandez peut-être maintenant qui sont ces « spécialistes » des ENOCs ? Qui sont ces gens qui savent, de manière délibérée et contrôlée et pour des buts précis, induire en eux et parfois en d’autres ces états de conscience spéciaux ?

Vous en rencontrerez au long de ce livre et vous pourrez ainsi partager certaines de leurs expériences. Si vous le voulez, vous pourrez également expérimenter par vous-même certains de ces ENOCs qui leur sont familiers. Il est de fait que tout être humain est potentiellement un « spécialiste » en ENOC : ce n’est pas là l’apanage de quelques-uns. Non, ce talent fait absolument partie de la nature humaine, de la vôtre donc.

Le plus connu des « spécialistes » des ENOCs est le chaman. Toutefois tous ceux (et aussi chez nous, en Occident) qui s’impliquent de façon vécue (et pas seulement intellectuelle et conceptuelle) dans la guérison, la voyance, la magie, l’alchimie, la transmutation de l’Être... sont nécessairement des familiers des ENOCs : méditants, mages, yogi, mystiques...

 

Le chaman

La vision chamanique du monde présuppose que, en plus et « à côté » du monde matériel et visible, existent un ou plusieurs (selon les cultures) autres mondes auxquels le chaman peut avoir accès – mondes considérés habités de diverses entités (les « esprits ») qui peuvent influer de manière positive ou négative sur la vie des humains.  Une dénomination  commode de ces autres mondes est : l'Invisible.

Le chaman (ou la chamane) est homme (ou femme) de pouvoir, vu à la fois mage, guérisseur, voyant et donc capable de se relier à partir du monde ordinaire à l'Invisible. Il doit pouvoir sortir de son corps et il est donc un maître de l’OBE. Ainsi, dans sa culture, il est celui qui sait à volonté entrer en ENOC : il a intégré cette capacité à travers les différentes étapes de son initiation. Il a soit été « appelé » (par les « esprits »), soit a ressenti la vocation pour sa fonction : chamaniser. Fondamentalement, chamaniser c’est être capable d’entrer en contact avec d’autres plans du monde, plans qui ne sont pas accessibles en ECO, afin d’y chercher les moyens de résoudre des difficultés dans notre plan d’existence : guérir la maladie, trouver des réponses et des solutions à différents problèmes, voir l’avenir, agir sur la fertilité des hommes et de la nature, avoir une cation sur les conditions atmosphériques, recueillir des informations utiles...

Pour y réussir, le chaman peut – et souvent doit – avoir des alliés qui sont des entités appartenant à l'Invisible : esprits de plantes, d’animaux, de chamans morts ou de phénomènes naturels (les esprits de l’éclair et du tonnerre par exemple), avec lesquels il entre en contact lors de ses transes. La transe, l’ENOC, est la clé de l’action du chaman. En transe, le chaman a deux modes majeurs pour chamaniser :

  • Le voyage chamanique, au cours duquel, en ENOC, il parcourt en esprit des plans de l'Invisible pour en ramener ce qu’il est allé y chercher
  • La possession, au cours de laquelle il prête son corps à la manifestation d’entités de ces autres plans pour des buts précis (souvent la guérison).

Le chamanisme a été répandu sur la terre entière : il est universel. Même dans notre Europe et au début du XXème siècle, il y avait encore des chamans (leur noms : les taltosh) en Hongrie et, aujourd'hui, la culture des Sami (les Lapons) se revendique comme une culture chamanique. Des scientifiques ouverts et objectifs ont vu autre chose dans le chamanisme que des fantasmagories « prélogiques » : des métaphores utiles et opératives. D'ailleurs dans notre Occident qui l’a refoulé, il réapparaît en force depuis les années 1970 dans le néo-chamanisme et le techno-chamanisme[6]. En tous cas, il semblerait bien que, si on chasse le naturel de l’homme, il revienne au galop – et que les ENOCs fassent bel et bien partie de ce naturel humain...

 

Méditants et mystiques

Moine bouddhiste, soufi de l’Islam, mystique chrétien, yogi, quêteur de vision amérindien, sadhu indien, « maître du rêve » australien, ermite, anachorète, contemplatif, extatique... sont des « spécialistes » des ENOCs.

La méditation, la contemplation, la concentration, le mysticisme... Il est plus qu’évident que cela ne relève pas de l’ECO. Les longues heures passées aux exercices spirituels, parfois dans des postures du corps particulières et pas forcément faciles à tenir... Les récitations prolongées de mantra, la prière intense, la focalisation de l’attention dans l'objectif d'éliminer l’agitation du mental, la forte concentration : tout cela vise à parvenir à des ENOCs – parce que l’ENOC est le seul moyen d’accès à ce qui est visé par ces personnes : au Sacré. Tout se passe en effet comme s’il fallait impérativement sortir de l’ECO pour se rapprocher du Transcendant.

 

Mage et alchimiste

La magie dont je parle ici, ce n’est pas le « poudrage » de perlimpinpin ni les recettes avec bave de crapaud et yeux de grenouille. Le mage, quel que soit le but qu’il poursuit (guérison, contrôle sur le climat ou autre), vise à faire « plier » l’enchaînement de la causalité des événements et à modifier par son action, certains aspects du monde. Est-ce possible ? Ne l’est-ce pas ? Chacun reste juge de sa propre réponse à cette question. On ne peut que constater que la croyance en la magie est universelle et aussi vieille que l’humanité.

L’alchimiste, lui, veut aider la matière à se transmuter en même temps qu’il se transmute lui-même, et cela au cours d’une démarche longue, assidue, contraignante, persévérante. C’est là un processus lourd, ayant une visée d’évolution spirituelle et de co-création du monde : le but de l’alchimiste, c’est réellement aider la Création à se parfaire, à « aller du plomb vers l’or », de la maladie à la santé, de la matière à l’esprit, du « bas » vers le « haut ».

Magie et alchimie (et aussi, analogiquement, la psychothérapie) sont tout cela au minimum. En tous cas, on doit constater que, dans les traditions de tous les peuples du monde, celui ou celle qui a de tels pouvoirs est nécessairement fort, absolument maître de lui et de son mental, de sa pensée aiguisée, de sa volonté, de sa persévérance. Il est sans distraction et d’une fermeté de roc.

Or, l’ECO n’est pas un état de conscience permettant une telle maîtrise. Le mage (qu’il soit prêtre de l’ancienne Égypte, Aleister Crowley, Don Juan – le chaman Yaqui ayant initié Carlos Castaneda – ou Maître Philippe de Lyon, pour ne citer qu’eux) et l’alchimiste (il y en a de grands dans l’histoire de l’Orient et de l’Occident, tels John Dee, Nicolas Flamel ou, plus près de nous, les spagyristes[7], Armand Barbault et Alexander von Bernus) sont toujours des spécialistes des ENOCs. Concentration, puissance, méditation, visualisations et transes, sont des ENOCs qu’ils doivent créer et savoir contrôler.

 

Le « nouveau psychothérapeute »

Il est passionnant de constater qu’aujourd’hui, dans certaines nouvelles approches psychothérapeutiques et de développement personnel[8], on redécouvre quelque chose de l’ordre de la « magie » et de l’alchimie. Magie, car changer la façon dont on voit le monde[9], dont on le comprend, l’analyse, l’interprète, en sélectionne des parties, c’est réellement modifier certains aspects du monde[10]; c’est modifier l’impact qu’a le monde sur soi et aussi l’impact que l’on a sur le monde. Il y a là, aussi, un processus alchimique : transmuter son propre regard sur sa vie, sur autrui et sur l’environnement, c’est changer ses rapports personnels avec autrui et l’environnement et, partant, sa vie et sa personnalité.

Carl Gustav Jung l’a dit : tout bon psychothérapeute doit nécessairement être un peu chaman. Il doit être capable d’empathie[11], d’utiliser l’hypnose et l’auto-hypnose à titre thérapeutique, de saisir le sens de certains rêves. Il doit pouvoir accompagner et guider son patient en abandonnant ses propres rigidités, croyances, comportements. Il doit pouvoir contribuer à ramener l’esprit de la personne souffrante de cet « ailleurs négatif » où il s’est englué, pour lui permettre de réintégrer bien-être, équilibre et force de vie. Il doit pouvoir montrer d’autres perspectives, des ouvertures, parfois littéralement changer le regard sur la vie, le monde et l’environnement dont pâtit son patient.

Tout cela, comme tout ce qui relève de la guérison en général, est implicité dans le chamanisme. Les thérapies utilisant le rêve éveillé orienté par le thérapeute sont très proches, dans l’esprit, du voyage chamanique. Les techniques de relaxation, celles induisant des visualisations, des états hypnagogiques, des transes, celles qui « reprogramment » la vision du monde... tout cela est en prise directe avec certains ENOCs thérapeutiques.

On peut penser que, au fur et à mesure de l’évolution prochaine, le psychothérapeute ne pourra qu’abandonner les approches en ECO – trop longues et, de ce fait, gaspilleuses du « temps de bonne vie » du patient – au bénéfice d’approches en ENOC – grâce auxquelles le mieux-être est parfois généré avec une stupéfiante rapidité. Pour les tenants de la médecine et de la psychothérapie holistiques, il est de plus en plus évident que le soignant de demain devra apprendre à devenir un maître dans les ENOCs, aussi bien dans les siens que dans ceux qu’il aura à induire chez ses patients pour leur meilleure évolution.

 

Les vrais guérisseurs

Imposer les mains, transmettre ou rééquilibrer le Ki (l’énergie vitale nécessaire à la vie et à la bonne santé selon les médecines chinoise et japonaise), voire soigner à distance... Si réellement cela peut guérir, on est là bien loin d’une vision de l’homme et de sa santé soumis aux petites pilules et aux molécules de synthèse. Il peut y avoir là toute la différence entre une conception médicale en ECO et une perspective globale de la vie et de son équilibre (physique, psychique, émotionnel et spirituel) en ENOC.

Il faut ici souligner le fait suivant : dans les cultures traditionnelles, être guérisseur fait référence aux ENOCs. Transe, voyage chamanique, états hypnotiques, rêve, vision et d’autres, font partie des moyens thérapeutiques tant du côté du guérisseur que souvent aussi du patient. Effet placebo ?[12] Peut-être. Mais, comme l'a souligné un de nos éminents médecins :

Il faut, armé des moyens et des outils de la science, comprendre comment s’y prend la nature pour faire que rien (le placebo) donne beaucoup (l’amélioration ou la guérison). / Jean-Paul Escande –  médecin

En tous cas, des travaux de recherches menés dans les vingt dernières années tendent à prouver que le véritable guérisseur, pendant qu’il est en action, est bel et bien en ENOC (vous trouverez plus loin des informations à ce sujet).

 

Les créateurs

L’état de conscience dans lequel se trouve l’artiste, le créateur, dans ces moments privilégiés où il se sent puissamment inspiré, est un ENOC.

Lorsque le peintre, le poète, l’écrivain, le sculpteur, l’acteur et aussi le scientifique, ressent cet état de fièvre créatrice qui l’amène à s’impliquer pleinement, totalement, dans son œuvre, il est dans un ENOC. C’est alors que son travail est à son meilleur niveau, que son talent, son génie se manifeste. L’élan créateur est un ENOC marqué par une intense concentration, éliminant tout ce qui est sans intérêt et focalisant toute l’attention sur la création qui s’accomplit alors. Dans ce cas-là, plus rien n’existe, le temps n’a plus de prise, nombre de sensations (faim, soif) peuvent être mises de côté. Il y a un investissement majeur de soi – et les impératifs de l’ECO n’ont plus cours.

Il y a un autre ENOC que le créateur peut rencontrer : c’est l’effet « Eurêka ». C’est ce moment où surgit une révélation, une compréhension subite, le « flash de la créativité ». C’est une véritable mini-illumination qui, en un instant, fait surgir dans le mental tout un ensemble de choses qui s’articulent parfaitement – et qui étaient dans l’inconnu l’instant d’avant. À ce moment-là, n’existe que cette sorte de mini Satori[13] : les considérations de l’ECO sont provisoirement évacuées.

Cultiver sa créativité est un excellent moyen pour expérimenter ces genres d’ENOCs. En retour, ceux-ci amplifient la facilité à être de plus en plus créatif ainsi que la valeur, la qualité de ce qui est ainsi créé.

 

Vous-même...

Il n’est pas besoin d’être mage, mystique ou moine zen pour expérimenter des ENOCs. Vous pouvez le faire et même :

Vous devriez le faire pour gagner en bien-être, en équilibre et en ouverture.

Pour sortir de vos limites.

Pour « grandir ».

Il n’est pas indispensable de vous familiariser avec des ENOCs – on peut vivre sans – mais il est bon, il est salutaire de le faire.

Alors, peut-être êtes-vous prêt maintenant pour explorer d’autres dimensions du monde et de vous-même ? En effet :

  • Si une intuition vous a un jour soufflé que ce qui est à connaître est plus vaste que ce qu’il semble
  • Si vous avez ressenti, à un moment ou à un autre, ce petit pincement d’insatisfaction face à la petitesse des perspectives du monde ordinaire
  • Si vous avez vibré à quelque symbole
  • Si votre cœur, votre esprit, se sont émus d’une nostalgie vers... autre chose, vers un « ailleurs » que vous ne pouviez formuler...

Alors, si vous vous sentez en effet prêt, il vous suffit pour vous ouvrir aux ENOCs :

  • D’un peu de patience, de persévérance et d’entraînement
  • D’un regard disposé à s’ouvrir pour contempler des aspects inconnus de la réalité ; d’un mental curieux et... cordial envers ce que vous pourriez rencontrer
  • Et sans doute aussi d’amour pour les merveilles qui pourraient vous être révélées...

La méditation, bien sûr, mais aussi la concentration, l’auto-hypnose, le rêve lucide, la transe, le voyage chamanique..., voilà quelques-uns des ENOCs qui sont à votre portée.

Qu’en dites-vous ?

 

Une transe légère et agréable

En sachant bien que les ENOCs ne se racontent pas si facilement, je vais néanmoins dans les pages suivantes vous parler de façon plus extensive de différents ENOCs. Ils ne se conçoivent guère (par définition même) à partir d'un ECO. Pour comprendre, saisir, sentir, ce qu'est un ENOC, il faut le vivre de l'intérieur, dans son corps et dans son psychomental.

Mais, en attendant que vous viviez par vous-même des expériences d'ENOCs – et vous pourrez commencer cela dans quelques pages – je me servirai, dans ce langage qui est ici le vecteur de la communication entre vous et moi, de tout ce qui peut toucher votre sensibilité, votre émotion, votre empathie : le récit vécu, l'image, la métaphore, le symbole, l'archétype... si toutefois, vous me permettez de toucher ainsi votre sensibilité ? Car c'est là le seul moyen d'approcher la compréhension par l'intellect, de ce qu'est un ENOC.

Il pourrait se produire, au fil de votre lecture, que vous vous sentiez très impliqué, très concentré, très concerné, par ce que vous lisez. Et aussi que vous ayez du mal à arrêter votre lecture à certains moments. Si cela se produit, ce sera le signe que vous êtes dans une variété d'ENOC, probablement une transe légère et agréable... Dans ce cas, prenez-en simplement conscience : constatez que vous êtes dans un état de conscience un peu différent de votre état de conscience habituel. Constatez que cela vous laisse une impression de plaisir diffus. Eh oui : même une lecture peut toucher votre esprit et lui faire entrevoir les pouvoirs de certains ENOCs.

 

Alors, à présent, partons ensemble à la découverte du rêve. Ce premier de nos ENOCs vous est familier : comme chacun d’entre nous, vous rêvez quatre à cinq fois toutes les nuits – mais vous ne vous souvenez pas de tous ces rêves, bien sûr.

Certains rêves sont très spéciaux : vous allez découvrir qu’ils peuvent conférer des pouvoirs et même, parfois, changer jusqu’aux civilisations...



[1] - Certains autres chercheurs considèrent toutefois que le sommeil et le rêve sont des ECOs, dans la mesure où ils font partie du quotidien de chacun.

[2] - Nous verrons toutefois plus loin que le rêve peut être contrôlé et utilisé pour certains buts.

[3] - L’on connaît toutefois des ENOCs spontanés, telles certaines extases religieuses ou des initiations vécues en rêve, par exemple. Mais, dans tous ces cas-là, c’est « l’entité initiatrice » (ou le « Moi profond » – selon l'interprétation que l'on veut en donner) qui provoque et contrôle l’ENOC du sujet.

[4] - Ainsi, les anglo-saxons appellent les ENOCs des « états altérés de conscience » (altered states of consciousness).

[5]- Plus loin dans ce livre, vous pourrez expérimenter par vous-même une transe grâce à une Posture de Transe.

[6] - Pour en savoir plus : voir mon livre Ganzfeld, Biofeedback, Binaural, Subliminal... – Neo Chamanisme (www.neo-cortex-editions.com).

[7] - La spagyrie est la branche médicale de l’alchimie qui vise à réaliser des remèdes selon les procédures alchimiques. Pierre Laszlo, professeur de chimie à l’école Polytechnique, nous rappelle que c’est l’alchimie qui fut à l’origine de la chimie, de la médecine psychosomatique, des médecines naturelles, de la chimiothérapie.

[8] - Je pense à la Programmation-Neuro-Linguistique et à l'Hypnose Ericksonienne. Pour plus d’informations, voyez la bibliographie.

[9] - La Sagesse des Peuples affirmait déjà : « La beauté est dans l’oeil de celui qui regarde. »

[10] - Vous découvrirez dans quelques chapitres le regard de la science la plus moderne sur ce que nous appelons « réalité », regard qui pourrait bien redonner quelques lettres de noblesse à la magie et réhabiliter l’alchimie - si décriées il y a peu encore.

[11] - L’empathie est l’aptitude à ressentir spontanément les émotions et les états d’âme et de conscience d’autrui.

[12] - Placebo : c’est un faux médicament, sans aucune substance active (généralement du sucre ou de l’amidon), donné à certains malades pour en comparer les effets avec ceux de vrais médicaments dans lesquels il y a des principes actifs.

[13]Satori : nom de l'illumination spirituelle dans le bouddhisme japonais.