Menu Principal

Contact :

Michel Nachez
7 place d'Austerlitz
F-67000 STRASBOURG cedex
Tel 03 88 35 44 45

mail : nachez(@)neo-cortex.fr

 

Mentions légales :
Directeur de la Publication et Webmaster :
Michel Nachez
7 place d'Austerlitz 67000 STRASBOURG
Tel 03 88 35 44 45

Site hébergé par :
1&1 Internet SARL
7 Place de la Gare - 57200 Sarreguemines
R.C.S Sarreguemines
Tel : 0825 0800 20

La Transe


Il n'y a pas si longtemps (jusque dans les années 1960), la science occidentale était convaincue de l'aspect pathologique de la transe. Pour les cultures qui la pratiquent, elle est au contraire considérée comme un moyen d'épanouissement, d'acquérir des connaissances sur la Nature et sur le devenir, et de communiquer avec l'Invisible. La science occidentale discourait sur la transe vue de l'extérieur et se gardait bien d'y aller voir de l'intérieur ! Les cultures traditionnelles, elles, pratiquent la transe – et peuvent donc en vivre les aspects et en rapporter des choses utiles.

Puis ont prît conscience dans les sciences humaines (ethnologie, anthropologie, psychologie, médecine, pharmacologie, histoire des religions) du fait que des cultures jusque-là considérées comme « inférieures », détenaient des savoirs et des techniques tout à fait étonnants : des savoirs touchant tout particulièrement aux domaines de la guérison physique et psychique, à la connaissance des états de conscience et au contact efficace[1] avec ce que ces cultures considéraient être d'autres « réalités » et que j'appelle ici l'Invisible. L'étonnement fut grand : mais comment !? – les « sauvages », les « primitifs », auraient donc accès à des savoirs pratiques pointus ? Cela valait donc la peine d'y aller voir de plus près ! Et voici que partent sur le terrain différents enquêteurs – pharmaciens, ethnobotanistes, ethnologues, anthropologues... – chargés de ramener le maximum d'informations sur les moyens thérapeutiques des chamans et des medicine-men (au cas, bien évidemment, où on pourrait en tirer quelque profit...).

Pour en arriver là, l'évolution des idées fut intéressante et mérite d'être rappelée. Au XIXème siècle, Edward Tylor, un des premiers anthropologues écrivait :

– Les sauvages sont extrêmement ignorants en ce qui concerne la connaissance tant physique que morale.

Jusque dans les années 1950, les chamans et autres « sorciers » familiers de la transe étaient considérés unanimement comme « névrosés, épileptiques, psychotiques, hystériques, schizophrènes ». Georges Devereux, ethnopsychanaliste, affirmait même encore en 1956 :

– Ces constatations nous obligent à considérer le chaman comme un être gravement névrosé ou même un psychotique en état de rémission temporaire [...]. Avec Kroeber, Linton et La Barre, j'affirme donc que le chaman est psychologiquement malade[2].

Et puis, de 1960 à 1980, les éminents anthropologues en vinrent à considérer le chaman avant tout comme un « éviteur de désordre », mieux encore, comme un créateur d'ordre : comme un vrai « maître du chaos ». Et même comme un spécialiste de différents arts : à la fois « médecin, pharmacologiste, psychothérapeute, sociologue, philosophe, avocat, astrologue et prêtre »[3].

 

Le chaman : un maître en botanique

En 1992, au cours du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, parvient aux oreilles du grand public une chose que bien des anthropologues – et des compagnies pharmaceutiques – savaient depuis longtemps : l'importance de l'érudition des peuples indigènes en ce qui concerne leur environnement écologique ainsi que les caractéristiques thérapeutiques des plantes. Des chiffres impressionnants sont divulgués alors : 74% (!) des remèdes, substances et drogues d'origine végétale utilisés dans la pharmacopée occidentale avaient été découverts en premier lieu par les sociétés traditionnelles. Oui, c'est grâce au « piratage » de ce savoir par les chercheurs sur le terrain, que des entreprises de pharmacie et de biotechnologie ont pu utiliser, et plus récemment synthétiser, des produits pour nous soigner. J'emploie délibérément le mot « piratage », car ce n'est qu'à cette même conférence de Rio de 1992 que, pour la première fois, apparaît l'idée de rémunérer de façon « équitable » les connaissances et pratiques soutirées aux peuples indigènes. Comme le souligne l'anthropologue Jeremy Narby :

– Sans le savoir botanique des peuples indigènes, les biotechniciens en seraient réduits à tester au hasard les propriétés médicinales des quelque deux cent cinquante mille espèces de plantes de la planète[4].

Par exemple, la quinine nous vient des Indiens du Pérou : elle était extraite de l'« arbre aux fièvres » des chamans inca, le quinquina. Lorsque l'épouse du vice-roi du Pérou, qu'aucun médecin n'était parvenu à soigner, fut guérie par un indigène grâce à l'écorce de cet arbre, les jésuites, alléchés par l'évident pouvoir thérapeutique de ce produit sur les fièvres, s'en octroyèrent aussitôt le monopole tant à la production qu'à l'exportation. On appela alors la substance guérisseuse : poudre des Jésuites. Cela se passait au XVIIème siècle[5]. Ce n'est qu'en 1818 que les chimistes français Pelletier et Caventou isolèrent la quinine – qui sera synthétisée par la suite. Ce qu'il est important de noter ici : pendant pas moins de trois siècles, le quinquina fut le seul remède efficace en Occident contre le mortel paludisme.

Il y a bien d'autres exemples. Nous nous sommes aperçus que certaines de nos « découvertes » les plus brillantes étaient connues depuis des temps immémoriaux dans des sociétés traditionnelles : par exemple la pénicilline, tirée d'une moisissure, était utilisée depuis toujours, pour éviter l'infection des plaies par certaines ethnies amérindiennes. Les populations préhistoriques connaissaient les fruits de l'aigremoine[6]puisqu'on en a retrouvés dans les dépôts de plusieurs lieux de fouilles néolithiques. L'Antiquité grecque et romaine mentionne les propriétés de cette plante : anti-dysentérique, cicatrisante, antihépatologique. Cette connaissance sur l'aigremoine tombe dans l'oubli à la Renaissance et ce n'est qu'en 1906, puis en 1929 et 1937, que les scientifiques K. Kahnt, H. Schultz et W. Ripperberger lui redécouvrent ces mêmes vertus.

Le rauwolfia serpentia, petit arbuste à fleurs roses ou blanches et à la racine tortueuse, était connu depuis des siècles en Inde comme un médicament actif contre l'anxiété. Il fallut attendre 1931 pour que des médecins indiens attirent l'attention du monde scientifique occidental sur les propriétés hypotensives et sédatives de la drogue. Le principal alcaloïde extrait de rauwolfia serpentia, la réserpine, devait à partir de 1953 bouleverser le pronostic et le traitement des maladies mentales. La réserpine est maintenant connue pour réduire angoisse et anxiété – elle est à l'origine d'une nouvelle série pharmacologique : les neuroleptiques. Du rauwolfia ont encore été extraites d'autres substances que nous utilisons dans notre médecine occidentale : l'ajmaline, médicament du rythme cardiaque ; la raubasine, pour la circulation sanguine ; la rescinnamine pour son fort pouvoir hypotenseur, etc[7]... Bien loin de l'Inde, la médecine traditionnelle du Nigeria met depuis longtemps à profit la racine de rauwolfia vomitaria pour ses propriétés sédatives : cette plante est largement utilisée par les guérisseurs nigérians dont la réputation affirme qu'ils sont susceptibles de guérir la folie.

Les médecines traditionnelles africaines nous ont également donné la cola – prescrite chez nous contre les états de surmenage, de convalescence, de fatigue physique et intellectuelle – et le café, venu d'Éthiopie, qui a des propriétés tonicardiaques et excitantes du système nerveux et du mental : il accroît la vigilance et permet de résister à la fatigue. Ce qui est également surprenant, c'est que le café n'acquiert ces pouvoirs que par la torréfaction qui l'oxyde au contact du feu et qui exalte les essences aromatiques contenues dans la plante. Comment les Éthiopiens du passé ont-ils su qu'il fallait torréfier ainsi ces grains-là – et pas ceux d’autres plantes – pour en obtenir tous les bénéfices ?

Ce n'est pas tout ! Le pilocarpus jaborandi[8], connu des Indiens Kayapo et Guerjajara, devient chez nous un remède contre le glaucome ; et un nouvel anticoagulant est élaboré à partir de la plante tikiuba des Indiens Uru-eu-Wav-Wav. Dans les années 1940, les scientifiques occidentaux se sont aperçus que le curare interrompait la transmission des impulsions nerveuses, provoquant une détente complète de tous les muscles. Voilà donc ce qu'il fallait pour anesthésier les malades soumis à une chirurgie de l'abdomen et des organes vitaux ! Or, ce sont les chasseurs amazoniens qui, il y a plusieurs millénaires, avaient développé le curare pour répondre à un besoin précis : disposer d'une substance qui paralyse sans empoisonner la viande et qui amène les proies arboricoles à lâcher prise. Or, la fabrication du curare indigène est quelque chose d'extrêmement complexe : si complexe qu'il est impossible de penser que le hasard l'a créé. En effet, la production de cette substance nécessite la synergie de plusieurs plantes et aussi de les cuire pendant soixante-douze heures – tout en sachant éviter de respirer les vapeurs toxiques produites pendant la cuisson. Les Indiens savaient aussi que le poison n'était actif qu'à travers le sang, l'ingestion en étant inoffensive. De plus, on a recensé une quarantaine de sortes de curares dans le bassin amazonien, élaborés à partir de soixante-dix espèces végétales différentes ! Ce n'est donc pas le même curare, découvert un jour par quelque moyen inconnu, qui s'est transmis à toute cette partie de l'Amérique du Sud, mais bien quarante « recettes » et modes de préparation différents qui ont été mis au point par ces ethnies amérindiennes. Et comment ont-elles donc fait pour les mettre au point, ces recettes ? Ou bien à qui les ont-elles « empruntées » ?

 

J'arrête cette énumération là, mais elle pourrait prendre des pages et des pages. Une question se pose vraiment : comment les « sauvages », les « primitifs », les « tribus à la mentalité prélogique restées à l'âge de pierre » (comme il advient encore que certains média nomment les cultures traditionnelles) ont-ils eu accès à ces connaissances sur les pouvoirs thérapeutiques des végétaux de leur écosystème ? À cette question, l'Occident a longtemps répondu : par hasard, par essais et erreurs. Mais cette version ne tient pas face aux faits. Il advient, comme pour le curare déjà cité, que des opérations à la fois compliquées et précises dans leur déroulement, doivent s'enchaîner pour obtenir le produit fini, que cela soit un remède ou un aliment. Par exemple les Aborigènes de la région d'Arnhem en Australie, mangent sans dommage certaines ignames très vénéneuses. Pour la variété extrêmement toxique qu'ils appellent bareela : ils la font d'abord chauffer sur des pierres chaudes. Après une heure de cette cuisson à l'étouffée, les racines et seulement certaines des feuilles sont mises à cuire dans une tranchée recouverte de plaques d'écorce et de sable et sur laquelle doit être entretenu un feu pendant dix-huit heures. Puis, les ignames sont écrasées et réduites en une pâte : elles ont alors perdu toute leur toxicité et sont devenues parfaitement comestibles grâce à cette préparation très élaborée.

 

L’astronomie aussi

Il y a plus fort encore ! Car les savoirs des peuples traditionnels ne se limitent pas à la médecine.

Les Shilluk d'Afrique du Sud ont un nom pour Uranus : ils l'avaient appelé « trois étoiles ». Or Uranus est invisible à l'œil nu et n'a été découvert qu'en 1781 par l'astronome Herschel – qui ne parvint à voir ses deux premiers satellites qu'en 1787. Sans télescope, les Shilluk[9] ont devancé Herschel dans sa découverte d'Uranus.

Les Dogon du Mali décrivaient dans leurs mythes ancestraux des particularités astronomiques de l'étoile Sirius, particularités qui n'ont été découvertes par nos savants occidentaux qu’à l’aide de calculs et de gros télescopes. Voici comment les mythes Dogon décrivaient le système de Sirius :

  • Il est composé d'une étoile blanche, bien distincte de Sirius lui-même qui est rouge
  • Cette étoile blanche est plus petite et plus « pleine » : une graine de sa matière est aussi pesante que quatre cent quatre-vingt charges d'âne de mil
  • En plus de l'étoile blanche, il y a encore une autre étoile, plus grosse et quatre fois plus légère, qui a une trajectoire plus large allant dans le même sens et sur la même durée de temps que la blanche
  • Les positions respectives de ces deux satellites de Sirius ont leur rayon à angle droit.

Et voici les épisodes de la découverte par la science occidentale du système de Sirius :

  • En 1862 un satellite de Sirius, appelé « Compagnon », est repéré par l'astronome Clark[10] avec un gros télescope de six pouces
  • Compagnon est une naine blanche de huitième grandeur, dix mille fois moins brillante que Sirius, mais d'une masse plus grande : sa densité est trente-six mille fois celle du Soleil et pourtant, elle renferme autant de matière que celui-ci : une boîte d'allumette de sa substance pèserait une tonne (ou une graine = quatre cent quatre-vingt charges d'âne de mil, selon la mythologie dogon)
  • Aujourd'hui, les astronomes pensent qu'en plus de Sirius A et du Compagnon, il y aurait un autre satellite dans le système : Sirius C : ce serait une naine rouge gravitant à peu de distance de Sirius A et donc noyée dans la lumière de ce dernier.

Les Dogon savaient cela bien avant l'Occident : voici un aspect de la connaissance du ciel possédée par une culture traditionnelle qui interpelle, n'est-ce pas ?... Et ils ne sont pas les seuls :

  • Les Hottentots appellent Sirius « l'Étoile à côté »
  • Le Compagnon rigoureusement invisible à l'œil nu, est également connu des Bozo du Niger et des Bambara du Mali...

Or, aucune de ces ethnies ne possède de télescope ni de spectroscope pour déterminer la substance dont sont faites les étoiles... De tels savoirs traditionnels (en botanique, en médecine, en astronomie...), ont donc été corroborés par la science occidentale, et on peut vraiment se demander s'il n'y a pas, dans le bagage des sociétés traditionnelles, beaucoup d'autres données très précieuses qui, elles, n'ont pas encore trouvé cette vérification – mais qui la trouveront peut-être un jour ?...

 

La connaissance provient de l’Invisible

Seraient-elles le fruit du hasard, ces connaissances ? Ou bien le fruit de délires prélogiques ? Ou encore celui de tâtonnements maladroits et aléatoires ? Il est difficile de croire cela, eu égard à la complexité des enchaînements et à la précision des détails. Alors, il est peut-être temps de reposer la question et, plutôt que de se contenter d'interprétations toutes faites et de préjugés évolutionnistes, d'écouter la réponse des intéressés eux-mêmes :

– Alors, d'où vous vient donc ce savoir médical, pharmaceutique, astronomique ? demande l'anthropologue, l'ethnopharmacologue, le botaniste...

Voici le type de réponse que l'on obtient alors :

– Cela nous vient de « l'autre réalité ».

L'autre réalité : l'Invisible, les esprits, les Loa... L'autre réalité : celle perçue dans les ENOCs, dans la transe... Ce serait donc ce contact avec cette autre réalité qui permettrait d'avoir des lueurs sur le passé et l'avenir, de connaître les propriétés médicinales des végétaux et leurs modes de préparation et d'administration ? De ces autres plans du réel serait donc enseigné, ou bien puisé, ce savoir dont disposent les peuples traditionnels ?

– Comment puis-je faire pour avoir, moi aussi, des informations venant de cette autre réalité ? poursuit l'anthropologue, l'ethnopharmacologue, le botaniste...

– Il faut avoir les pouvoirs du chaman (ou medicine-man, ou voyant-guérisseur...) pour y parvenir.

Ces autres plans de la réalité ne sont donc accessibles – à travers le rêve, la vision ou la transe – qu'à ceux qui savent entrer en ENOC. Ainsi, les ENOCs sont les clés ouvrant les portes d'accès à de telles connaissances...

Guérir...

Quoi de plus désirable que de chasser la maladie, de guérir ? Par rapport au résultat final espéré – la guérison – y a-t-il vraiment une différence entre ces deux approches :

 Tu as guéri parce que l'écorce de quinquina, a pour propriété de..., grâce à son principe actif, la quinine, ses alcaloïdes et ses molécules

‚ C'est l'Esprit du quinquina qui a chassé de toi la maladie...

En d'autres termes, le quinquina guérissait ces fièvres longtemps avant l'invention du microscope – et le malade du Pérou, bien avant la Renaissance en Occident, lui devait déjà sa survie. Cela est un fait, quelle que soit celle des deux formulations que l'on préférera.

 Nous avons donc constaté que, bien avant l'invention de la biologie moléculaire, les « esprits » ou autres entités de l'Invisible possédaient des connaissances importantes qu'ils « insufflaient », lors de transes, dans le savoir humain conscient et, à partir de là, dans la vie concrète...

 

La transe, partout

L'oubli occidental de la transe en tant qu'activité collective, qui est un fait historique, constitue un appauvrissement [...]. Et surtout, dans la mesure où nous n'acceptons pas de donner libre cours à cette potentialité, nous sommes comme atrophiés par rapport à d'autres cultures. Nous refusons de voir que cette possibilité est toujours à notre disposition et qu'elle pourrait, si nous décidions un jour de l'inscrire parmi les pratiques collectives reconnues chez nous, à la fois améliorer notre connaissance de ces états et modifier la vie de notre société. / Georges Lapassade  (119) –  anthropologue

Lorsqu'on regarde l'aire géographique occupée aujourd'hui par les cultures connaissant la transe, on est frappé par son étendue. Elle est partout :

  • En Asie : Indonésie, Chine et Japon traditionnels, Inde, Indochine, Corée, Vietnam, Ceylan, dans les pays de l'Himalaya, en Iran, Pakistan, Afghanistan, Turquie, Mongolie, etc.
  • En Afrique : toute l'Afrique Noire ; et aussi l'Afrique du Nord : Tunisie, Algérie, Maroc, Égypte...
  • En Amérique : toutes les populations autochtones encore traditionnelles du Canada à la Terre de Feu ; également là où sont arrivées les cultures africaines : au Brésil, dans le sud des États-Unis, dans les Antilles et les autres îles de la Mer des Caraïbes...
  • En Océanie : l'Australie Aborigène et les îles du Pacifique...
  • En Europe : aujourd'hui encore, il existe des confréries qui pratiquent la transe – en Italie, Sardaigne, dans des processions en Espagne, Grèce, dans les groupes charismatiques chrétiens en France et ailleurs. Et chez les Sami (les Lapons), culture aujourd’hui encore chamanique...

On le voit bien là : la transe est un phénomène si répandu dans le monde que l'on en vient nécessairement à l'évidence qu'il s'agit là d'une capacité fondamentale de l'être humain.  D'ailleurs, des Occidentaux (« bon teint » pourrait-on dire – et l'on ne peut pas tous les suspecter de troubles psychiques !) actualisent parfois spontanément ce type d'ENOCs.

 

Écrivains et poètes

Jean-Jacques Rousseau, dans Rêveries d’un promeneur solitaire, non seulement décrit l’état de transe qu’il vit, mais donne même des indications pour l'induire en soi. Voici sa description de cet ENOC :

– C'est un état où l'âme trouve une assiette assez solide pour s'y reposer toute entière, et rassembler là tout son être, sans avoir besoin de se rappeler le passé ni d'enjamber sur l'avenir, où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours, sans néanmoins marquer sa durée et sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de peine, de désir ni de crainte que celui seul de notre existence...[11]

Antonin Artaud, penseur, écrivain, acteur, a écrit en 1945, au retour d'un voyage au Mexique où il fit l'expérience du peyotl[12] :

– Les forces primordiales font entendre leurs échos dans la vibration spasmodique des mots. Et les noms qui désignent des secrets et des forces les désignent dans le trajet de ces forces...

En 1948, Artaud parle aussi d'un « théâtre qui produit des transes, comme les danses des derviches et des aïssaoua produisent des transes. »

Paul Valéry écrit en transe son célèbre poème Le Cimetière Marin. Immobile, seul, dans le silence seulement brisé par le bruit rythmé de « la mer toujours recommencée », il entre spontanément dans une sorte d'envoûtement provoqué par la répétition monotone du mouvement des vagues. Une torpeur s'installe en lui au soleil de midi et elle devient une transe de type extatique qui abolit les frontières rigides entre le Moi et ce qui l'environne. Valéry parvient alors à une sorte d'unité mystique du Moi et de l’univers :

Ô pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d’un cœur, aux sources du poème
Entre le vide et l’événement pur,
J’attends l’écho de ma grandeur interne...
Paul Valéry –  poète

Ce n'est que lorsque « le vent se lève » que le poète sort de la transe et revient dans son état de veille habituel, en ECO : « une fraîcheur de la mer exhalée me rend mon âme... ».

 

Mystiques, artistes et savants

Bernadette Soubirous, aussi bien que les « voyants »deMedjugorje ou ceux de Fatima, Padre Pio et nombre d'autres saints et extatiques chrétiens, sont manifestement des familiers de la transe. En Espagne, à l'époque de Thérèse d'Avila, il y avait de nombreux alumbrados : des personnes vivant un mysticisme avec transes extatiques (et qui furent d'ailleurs abondamment exterminés par la Sainte Inquisition !).

 

Dans de nombreuses transes [...], il est fait état d'une sorte d'absence de réaction tout à fait étonnante du corps aux agressions qui causent généralement blessures, brûlures ou traumatismes durables, comme si les lois physiologiques étaient contournées ou, d'une certaine façon, modifiées. / Christine Hardy(215) –  psychologue

 

Le merveilleux acteur Gérard Philipe, lors d'une répétition du Cid au Festival d'Avignon, atteignit ce soir-là à ce « quelque chose de « divin » qui faisait dire aux Grecs que les dieux sont l'essence même du théâtre. » Il « changea de visage, sembla s'étoffer, grandir. Sa voix elle-même devint méconnaissable. Elle résonnait comme un écho de bronze dans la cour d'honneur du Palais des Papes ». Après la répétition, « il sembla s'envoler et disparut dans le noir. Nous entendîmes un bruit horrible. Gérard, manquant la rampe qui montait en pente douce des coulisses au plateau, était tombé d'une hauteur de plusieurs mètres sur le sol. Nous le retrouvâmes derrière la scène, évanoui apparemment, sa tête reposant sur un rocher où il eut dû se fracasser le crâne. Il ne se souvenait de rien et avait joué, disait-il, « comme dans un rêve ». Le lendemain, malgré les médecins qui voulaient le garder en observation, il obtint le triomphe que l'on sait, ressentant à peine quelques courbatures. Il me dit quelque temps plus tard : « Ne reparle jamais de cette histoire, on me brûlerait comme sorcier ! » »[13]  Une des preuves de l'état de transe vécu par Gérard Philipe ce jour-là, est d'ailleurs  l'absence de suites liées à la chute : cette impunité à la brûlure, à la blessure, est une caractéristique fréquente de la transe.

Le fondateur du Living Theater, Julian Beck, apprend carrément à ses acteurs à entrer en transe afin qu'ils soient littéralement possédés par leur rôle (il est probable que les acteurs de théâtre, dans l'Antiquité grecque, jouaient en état de transe).

Rappelons-nous aussi le physicien Fritjof Capra qui (comme Paul Valéry) entre spontanément en transe devant le spectacle de l'océan et voit ce qu'il appelle la Danse de Shiva – et comprend alors intuitivement, synthétiquement, ce qu'est vraiment la matière, ce qu'est vraiment l'énergie...

 

Et des gens comme vous et moi

En 1966 Claude Planson, pour la première fois à Paris et sous les auspices de l'Association pour la rencontre des Cultures (dont les dirigeants étaient, entre autres, Jean Vilar, Edgar Morin et Maurice Béjart) présente au public d'authentiques cérémonies vaudou dirigées par la mambo Mathilda Beauvoir. Il s'agit simplement de montrer des documents vivants dont la beauté et l'intensité doivent se suffire à eux-mêmes, sans aucune intention de convaincre – et encore moins de convertir. Pas un seul instant les organisateurs ne songent à une participation du public. Et pourtant, à leur grande surprise, chaque soir et pendant les deux semaines que dure la manifestation, il y a des transes spontanées chez les spectateurs blancs, si évidentes que les vaudouisants peuvent nommer – et honorer – les Loa qui se présentent ainsi. Il est à noter que ces transes se sont produites à chaque fois devant environ cinq cent personnes. Des observateurs tout à fait qualifiés ont assisté à ces phénomènes, tels le professeur Roger Bastide ou l'anthropologue Jean Duvignaud.

Parmi ces Européens ayant alors expérimenté la transe se trouvaient : comptable, psychologue, mécanographe, étudiant, commerçant... Ces personnes, interrogées ensuite, ont parlé avec enthousiasme de l'impression extraordinaire que leur laissait cette expérience. Plusieurs avaient montré une force physique surhumaine, d'autres avaient ressenti un immense bonheur. Voici des extraits du témoignage de certains d'entre eux.

Jean Claude Deloet, étudiant en architecture :

– Je garde une impression de rêve éveillé [...]. Je me sentais bien et je savais que j'allais pouvoir faire un acte qui, dans la vie habituelle, m'aurait été défendu. On m'a dit que j'avais marché sur le feu. En fait, au début, je me souviens avoir désiré toucher les flammes pour éprouver la puissance du vaudou [...]. La musique et la fumée doivent jouer un rôle certain. Je suis très heureux, car toute expérience dans ce domaine me paraît importante et doit être approfondie. La transe vaudou est sans doute un moyen d'exploration extrêmement intéressant...

Marcelle Duport, mécanographe :

– Une jeune fille dansait, j'étais debout ; brusquement, elle s'est arrêtée et je me suis mise à trembler sans raison. J'ai changé de place, mais des tremblements de plus en plus forts m'ont envahie ; je voulais me retenir, faire l'impossible pour garder le contrôle de mon corps, quant, tout à coup, j'ai ressenti une détente... et je me suis retrouvée dans les bras de la mambo [...]. Ressentir cette force une fois dans sa vie est une expérience inoubliable, passionnante, que je ne peux expliquer.

Régis Berkelaers, géomètre :

– Quelque chose s'est passé en moi que j'ai cru maîtriser; pourtant, lorsque je me suis dirigé un quart d'heure plus tard vers les tambours, je n'étais déjà plus dans mon état habituel. J'étais poussé par une force, je ne pouvais pas refuser. J'avais l'impression d'être dédoublé, d'évoluer dans un état d'apesanteur [...]. Ceci n'a rien d'un simple défoulement comme on pourrait le croire, car c'est au-delà du défoulement. J'ai l'impression d'avoir approché un état merveilleux...

Jean Bernard Rignault, psychologue et professeur de yoga dans les maisons de jeunes et de la culture :

– J'étais arrivé épuisé par deux nuits de travail et un manque de sommeil important, je suis reparti à minuit avec une sensation de vitalité étonnante sans éprouver aucune fatigue [...]. Deux phases se sont succédées : la première pendant laquelle, après avoir été crispé intérieurement, je me suis senti subitement libéré dans un état de bonheur que je ne connaissais pas. La seconde, avec en surimpression quelques images conscientes mais très ténues et intermittentes. Je n'ai aucun souvenir précis de mes actes, mais je me sentais en mouvement, animé par une force fantastique...

Thérèse Duport, comptable :

– Je suis catholique pratiquante et il m'est difficile d'admettre l'existence des Loa... mais c'est une grande joie pour moi d'avoir vraiment participé à la cérémonie, à un événement qui ne se reproduira sans doute plus dans ma vie. Outre une impression extraordinaire, je garde une reconnaissance étonnée vis à vis du groupe vaudou, car je me sens pour la première fois depuis trois ans équilibrée et calme. Après une dépression nerveuse, j'avais subi deux cures de sommeil et de nombreux électrochocs, sans résultat. Depuis cet événement vaudou, il y a trois semaines, tous mes troubles ont disparu...

Michèle Alberny, gérante d'entreprise :

– ... tout s'est déroulé sur un plan de semi-conscience pendant lequel j'étais dépersonnalisée, dédoublée [...]. Cette expérience s'inscrit dans le cadre de la montée spirituelle dans ma vie, au cours de laquelle il m'a été donné d'aller d'ouverture en ouverture sur le chemin de la connaissance. Si bien que ceci n'est pas une révélation, mais une expérience qui m'a permis de revivre en une fois avec un maximum d'intensité les différentes étapes physiques que j'ai traversées pour pouvoir les dépasser à jamais. Outre sa valeur symbolique, ce baptême du feu revêt donc pour moi une importance extrême.[14]

Ces personnes comme vous et moi, ont expérimenté spontanément des états qui étaient bien connus dans l'Antiquité : Sophocle, Aristophane, Plutarque, Platon, Cicéron, l'Empereur Julien l'Apostat et bien d'autres, ont voulu laisser des témoignages du bonheur qu'ils éprouvèrent à participer aux transes des Mystères d'Eleusis.

Ces personnes de notre XXème siècle, tiennent un pan de l'entrelacs qui relie le lointain passé de l'homme à aujourd'hui, à travers le temps, l'espace, les couleurs de peau et les différentes cultures du monde. Elles sont la preuve que l'aptitude à la transe, aux ENOCs, est inhérente à l'espèce humaine ; et là est aussi la preuve des aspects salutaires, bienfaisants, « grandissants » et thérapeutiques, de ces ENOCs.

La transe... Mais qu'est-ce donc ?

 

On peut en dire, là encore, comme pour tous les ENOCs, que le vécu de la transe est personnel et de l'ordre de l'indicible – et qu'il ne se communique guère à l'aide des mots, si limités. Car comment décrire à un aveugle ce qu'est la couleur rouge ? Ou à quelqu'un qui ne l'a jamais approchée, ce qu'est l'odeur de la papaye verte ?[15]

Aussi, pour tenter de vous décrire la transe, j'ai donc préféré laisser parler ces Occidentaux qui en ont fait l’expérience, plutôt que d'user d'un langage plus technique et classificatoire.

Dans le chapitre suivant, je vous dirai comment, vous-même, vous pouvez parvenir à entrer en transe pour votre plus grand bénéfice. Auparavant, disons encore schématiquement qu'il y a deux sortes d'états de transe :

 La transe immobile : hypnotique et auto-hypnotique, « channeling », exploratoire, extatique, OBE, certaines transes de guérison, les Postures de Transe...

‚ La transe mobile : transe de possession, de guérison, ou de rituélie active.

Encore qu'il est difficile d'opérer là un distinguo rigide : des transes hypnotiques peuvent déboucher sur des sortes de tressautements musculaires libérateurs de tensions ou sur l'aspect ambulatoire du somnambulisme ; et des rituélies chamaniques mobiles peuvent déboucher sur des transes de type cataleptique. Ou bien des transes de possession peuvent se transformer en transe exploratoire ou extatique – et vice-versa.

Passons maintenant rapidement en revue les différents types de transe.

 

La transe de possession

Au point où vous en êtes de cet exposé, il paraît important de vous donner des points de compréhension de ce qu'est la transe de possession. Des films, comme le célèbre L'Exorciste par exemple, en ont montré une vision totalement irréelle et fantasmée qui fait, certes, du bon cinéma de sensation, mais ne rend en aucun cas compte de ce qu'est réellement la transe de possession. Il y a là tout l'héritage de l'Inquisition médiévale et de son interprétation malsaine de ces états de conscience particuliers, sains et naturels.

Ce n'est pas ici le lieu de faire le procès de la « Sainte » Inquisition qui est coupable d'innombrables tortures et a tué de malemort,entre 1223 et la fin du XVIIIème siècle, des millions de personnes accusées de sorcellerie – son procès a été amplement fait déjà. Ceci dit, les prêtres de l'Inquisition avaient tout à fait repéré et défini les différentes caractéristiques que l'on peut rencontrer dans les transes de possession du monde entier. Ce sont :

  • La participation du corps : par le mouvement plus ou moins vif ou/et puissant ; et/ou par la parole (contrairement à d'autres types de transes où ne se manifestent guère le geste, la voix)
  • On y trouve une insensibilité à la douleur et à la brûlure
  • Elle peuvent donner une force décuplée
  • Certains possédés font des prédictions de l'avenir
  • Certains montrent une capacité à parler une langue inconnue (glossolalie)
  • Certains possédés montrent des connaissances sur des choses éloignées et cachées.

Il n'est d'ailleurs pas nécessaire que tous ces aspects soient présents pour que l'Inquisition estime qu'il y a possession.

 

Démon ou Esprit Saint ?

Le christianisme, quand les conditions socio-historiques changèrent (à partir de l'époque de Voltaire : le XVIIIème siècle) en vint même à considérer des cas de possession parfaitement identifiés comme tels du fait de ces symptômes, non plus comme des manifestations diaboliques mais comme des possessions par l'Esprit-Saint ! Les convulsionnaires de Saint Médard à Paris au XVIIIème siècle, les Jumpers (sauteurs) aux États-Unis et les Shakers (trembleurs) en Angleterre au XIXème siècle, les Pentecôtistes et les Charismatiques au XXème siècle, en sont des exemples. Ainsi les prêtres ayant le titre d'exorciste virent progressivement leur nombre grandement diminuer (et aujourd'hui, ils envoient d'ailleurs le plus souvent les prétendus possédés chez le psychiatre).

On le voit bien : tout est affaire d'interprétation : ce qui est maudit un jour peut être béni le lendemain... Ce qui est certain, c'est que le vécu de la transe de possession relie l'homme à quelque chose qui le transcende, le magnifie, lui donne d'autres capacités que celles qu'il a dans son état ordinaire[16]...

 

Le channeling

Il faut ici ajouter un type de transe qui est relativement récent en Occident : le channeling.

C'est un état de conscience au cours duquel des « entités » de l'Invisible, réputées être supérieures en savoir, « possèdent » des humains pour délivrer à travers leur bouche des messages ou un enseignement, ou encore des conseils de vie ou des méthodes pour soigner... Certains de ces enseignements, tels l'enseignement de Seth « channelisé » par Jane Roberts, sont d'un immense apport tant sur les plans philosophique que psychologique et thérapeutique (et même scientifique). Dans le channeling, il s'agit bien de transes de possession : le channel est seulement « canal », c'est-à-dire que son ego s’efface de façon à ce que la « place » ainsi laissée libre puisse être occupée par une autre conscience, une autre source de savoir (personne décédée ou entité non terrestre, par exemple). Le channel est ce que l’on appelait médium autrefois : intermédiaire, en ENOC, entre nous, ici, et... un « autre » – ailleurs.

 

Vivre cette transe

Ce qui paraît sûr, c'est que la transe de possession a un pouvoir psychothérapeutique considérable : élimination de l'angoisse et de différents blocages. Elle peut aussi présenter un pouvoir thérapeutique : levée de nombre de difficultés psychosomatiques et physiques.

La transe de possession ne peut guère se manifester que dans certains contextes :

  • Dans la logique de leur propre culture : chez des gens qui y ont été initiés
  • Ou encore dans des situations qui permettent ou recherchent spécifiquement cet état : rituels, cérémonies...

Du fait de ces restrictions, le seul type de transe auquel la lecture de ce livre à elle seule ne pourra vous conduire est, précisément, la transe de possession. Ce ne sera pas le cas pour d'autres types de transe que nous aborderons plus loin et qui vous sont plus accessibles.

 

La transe extatique

C’est un ressenti qui a la puissance émotionnelle de la vision, tout en n’impliquant pas nécessairement le sens de la vue. Elle est généralement immobile, vécue entièrement dans le psychomental, sans guère de participation apparente du corps. Ceci doit être nuancé toutefois : le corps peut être investi dans une activité automatique et qui ne nécessite pas l'attention consciente – comme dans la danse des derviches tourneurs ou comme dans le cas de Jean Jacques Rousseau qui marchait pendant son expérience.

La transe extatique, c'est celle de Thérèse d'Avila (qui « jouissait de Dieu » selon ses propres termes) ou celle de François d'Assise, communiant avec Dieu et avec la création entière. Mais c'est aussi une expérience qui peut advenir en dehors de toute foi religieuse : dans un élan de « mysticisme sans dieux » et « d'extase[17] laïque », selon les mots de Roger Bastide. Les expériences de Fritjof Capra ou de Paul Valéry, que je vous ai décrites plus haut, sont de telles transes extatiques.

Mircéa Eliade, le grand historien des religions à présent disparu, nous raconte ce qu'a vécu un commerçant américain de trente-deux ans. Pour cet homme, tout démarre par un rêve-vision qui commence de façon banale et s'achève en apothéose : il voit dans le ciel une lumière éclatante qui grandit, emplit les ténèbres, plus lumineuse qu'on ne peut l'imaginer. Puis il entend cette phrase : « C'est mon Sauveur ! ». C'est alors qu'il se réveille, gardant une impression profonde, à tel point que son comportement change dans sa vie. Trois ans plus tard, alors qu'il se promène avec sa femme dans la Seconde Avenue à New-York, il a une transe extatique qui le fait s'exclamer : « Oh ! J'ai la vie éternelle ! ». Il sent alors, intensément, que la divinité vient de ressusciter en lui et il sait qu'il gardera éternellement conscience de cette vérité. Encore trois ans se passent et voici que lui advient une nouvelle expérience extatique : il est sur un bateau entouré d'une foule et il ressent son âme et son corps entièrement inondés de lumière.

Mircéa Eliade souligne que cet homme n'était pas spécialement religieux, qu'il était « content de son métier et que rien ne (le) préparait, apparemment, à une illumination quasi mystique »[18]. Un homme comme vous et moi, en somme...

Christine Hardy, psychologue française, nous raconte elle aussi une de ces expériences quasi mystique : elle se promenait sur une plage déserte puis elle entreprit de nager jusqu'à un radeau se trouvant à quelques centaines de mètres.

Il y avait une sorte de lumière gris pâle, vespérale, vaguement bleutée. Solitaire, je me sentis entrer dans une fusion intime avec l'infini de la mer, du ciel, de la longue plage, et je me mis à danser sur le radeau cette ivresse de beauté, d'âme, d'infini. Christine Hardy - psychologue

Il est donc important de bien saisir que la transe extatique n’est pas une expérience réservée à ceux qui baignent dans des conceptions mystiques – même si l'histoire religieuse mondiale fourmille de saints, thaumaturges, yogi, qui ont présenté ce type d'ENOC. Dans tous les cas, la transe extatique porte en elle les sensations du ravissement, du contact avec quelque chose de transcendant, de totalement supérieur au vécu ordinaire. L'arrivée spontanée d'un tel vécu extatique est un don offert à celui qui en bénéficie, comme une grâce qui le marque et même souvent modifie profondément des aspects de sa personnalité et de son comportement. Il est parfois comme re-né.

Mais cela n'arrive pas à tout un chacun. Alors, plutôt que d'attendre que cela se manifeste de soi-même, il est utile de s'interroger sur les moyens pouvant favoriser l'émergence de tels états de conscience supérieurs.

Il existe en effet des moyens pouvant tendre à éveiller ce ressenti océanique – sensation d'élévation, d'unité avec la nature, de paix lumineuse, de bonheur sans mots, hors du temps des horloges, moments d'éternité... Sont de ces moyens :

  • La concentration aiguë
  • La méditation
  • Les exercices spirituels
  • L'apprentissage du vide mental
  • Des techniques respiratoires précises
  • La déprivation sensorielle
  • L'utilisation de certaines sonorités et rythmes
  • Les méthodes du techno-chamanisme
  • L'induction du contact avec de très grands symboles et archétypes
  • La plongée en soi
  • L'immersion dans les beautés de l'art, de la poésie ou de la nature...

Voilà donc des moyens qui peuvent faciliter la survenue de ces états de conscience transcendantaux...

 

La transe hypnotique

Elle est plus facile d'accès que les transes de possession et extatique.

Mon épouse, qui est psychothérapeute, soutient qu'il y a une composante d'hypnose dans chaque type de transe. Selon elle, l'hypnose est un des éléments nécessaires : une sorte de « clé pour ouvrir la serrure » et permettre l'installation de l'ENOC ; l’hypnose est ensuite le « matériau de fixation » pour maintenir l’ENOC sur une certaine durée. Je mets les termes « clé pour ouvrir la serrure » et « matériau de fixation » entre guillemets, parce que ce sont les termes même que Erica emploie, et je lui laisse la responsabilité de cette opinion[19]. Toutefois, cela me semble très juste car il y a deux aspects dans la transe hypnotique :

 Une forme de sidération du mental conscient qui assiste en spectateur passif à la transe (mais qui peut intervenir aussitôt que cela devient nécessaire). Là, une certaine plasticité peut se faire jour pour permettre l'émergence des contenus de la transe : possession, vision, channeling, extase, contact avec des symboles ou/et des archétypes, avec des contenus de l'Inconscient, avec des métaphores constructives (guide, ange, esprit...)

‚ Une intensification de la concentration qui peut être orientée sur un but précis : voyage chamanique, visualisation de guérison, exploration d'autres « domaines » (psychiques, métaphoriques...).

Dans la transe hypnotique et dans ces deux aspects, le « bla-bla » mental est réduit voire inexistant, l'attention est focalisée – ce qui diminue d'autant les perceptions et les sensations parasites venant du vécu ordinaire. La pensée, lorsqu'elle se présente, se fait en images et non plus en mots – elle est donc synthétique et globalisante, holiste, et non plus analytique et réductrice. Cette visualisation spontanée peut être extrêmement vivide et le resserrement de l'attention lui donne alors une importance, une présence particulièrement intense. La disponibilité est ample, par élimination de nombre de stimuli du monde ordinaire, et cela donne un pouvoir d'action incisif lorsque le but de la transe est, par exemple, d'avoir accès à des informations par des voies non-ordinaires.

Il y a des différences essentielles entre la transe hypnotique seule et l'extase ou la transe de possession (même si l'état hypnotique est impliqué dans chacun). La possession et l'extase marquent un contact intime avec quelque chose qui est ressenti comme transcendant. Dans l'extase, on prend ce qui vient – on en jouit et on s’en souvient. Il en est de même dans la possession, même si souvent la pleine mémoire de ce qui a été vécu fait ensuite parfois défaut. Dans ces deux cas, on ne peut généralement pas décider par soi-même de ce que l'on souhaite vivre pendant ces ENOCs.

Dans la transe hypnotique, qui se met en place à l'aide d'une procédure établie, il peut y avoir au contraire une intention et une finalité précises. Par ailleurs, là où la transe de possession met le plus souvent le Conscient de côté, dans la transe hypnotique, le Conscient est toujours là, attentif, présent, concentré. Le mot « endormi » (qui a fait partie de la terminologie hypnotique jusqu'à la fin du XIXème siècle) est absolument inapproprié : le sujet est conscient, mais son état de conscience est modifié, il est dans un ENOC.

Alors, à quoi peut bien servir la transe hypnotique ? Eh bien, à part les démonstrations de music-hall[20] – qui ne nous concernent pas ici –, la transe hypnotique (ou auto-hypnotique) est un ENOC visant à la guérison, au contrôle de la douleur, ou à l'acquisition de capacités, aptitudes, talents et comportements désirables. Ou encore à faciliter une visualisation efficace pour certains buts précis.

N'ayons donc pas peur de l'hypnose (ni de l'auto-hypnose induite par soi-même). Elle est utilisée pour des buts positifs et constructifs de la personnalité : aller de l'avant et se sentir mieux. Vous trouverez du reste, en annexe à cet ouvrage, une procédure d'auto-hypnose dont vous pourrez vous servir pour un objectif que vous choisirez vous-même. Par ailleurs, on peut toujours faire appel à un bon hypnotiseur pour expérimenter la transe hypnotique et ses bienfaits. Sachez encore que presque tout le monde est hypnotisable et auto-hypnotisable.

 

La transe exploratoire

J'appelle transe exploratoire les transes de type voyage chamanique. Dans les chamanismes, ces transes peuvent avoir différentes finalités :

  • Comment faire pour guérir un malade
  • Ou pour résoudre un problème (relationnel, social, artistique, rituel, de survie matérielle, etc.)
  • Ou pour avoir accès à  des informations
  • Ou pour développer des pouvoirs
  • Ou pour s'allier à des aides (esprits-alliés dans le chamanisme)
  • Ou simplement pour voyager, découvrir autre chose, et l'expérimenter...

L'intensité de cet état de conscience est très variable suivant les cultures et le type de transe exploratoire utilisé pour une situation donnée : suivant les besoins, cela peut aller d'un état proche de l'ECO à un état cataleptique.

La transe exploratoire présuppose qu'il existe d'autres plans de réalité que celui de la réalité ordinaire, plans que l’on peut explorer. Ces autres niveaux sont en quelques sorte parallèles ou coexistants au monde habituellement expérimenté en ECO, ils ne sont pas visibles ni accessibles en ECO et on ne peut s'y rendre qu'en ENOC. En reprenant ce terme commode, l'Invisible, disons que ce sont des « lieux » de cet Invisible et que ceux-ci peuvent avoir des « habitants ».

Notons qu'on pourrait discuter longtemps pour savoir si ces autres plans de réalité existent réellement sur un autre niveau ou s'ils sont des contenus, des aspects, de la psyché profonde de l'homme ou/et de l'Inconscient Collectif tel que théorisé par Carl Gustav Jung. Il n'est là nulle réponse sûre et ferme, tout ici relève de l'interprétation, des croyances (personnelles, culturelles), de l'expérience directe ou indirecte. Mais qui peut, en toute certitude, affirmer que n'existe que la « réalité » perçue par nos sens humains ordinaires et notre consensus de réalité ordinaire ?... D'ailleurs, à mon sens seule l'expérience vécue permet de dire quelque chose quant à ces réalités co-existantes – et seul l'ENOC permet d'y aller voir, écouter, sentir, vivre...

Toutefois, une autre approche que celle d'en discuter sans fin peut être de chercher quelles sont les répercussions concrètes, sur notre plan d'existence habituel, de ces incursions dans les « ailleurs ». Et c'est là que nous allons retrouver rauwolfia serpentia, quinquina, curare, et bien d'autres substances, idées, savoirs, issus de ces « voyages ». Car les peuples traditionnels à qui nous devons la réserpine, la quinine, le lapacho et bien d'autres plantes curatives, nous disent que c'est bien de l'Invisible, peuplé d'entités et d’esprits et accessibles seulement à travers la transe, que leur sont advenues ces ressources thérapeutiques. Le chaman, en voyage chamanique, est ainsi allé à la recherche de moyens de guérir qui ont fait la preuve de leur efficacité – y compris chez nous, en Occident...

Michael Harner, anthropologue spécialiste du chamanisme sud-amérindien, est un des premiers à avoir introduit l’idée qu’il est possible pour un Occidental d'apprendre à entrer dans ces ENOCs exploratoires. Il a ainsi ouvert la voie au néo-chamanisme qui est l'idée que ces états de conscience nous sont accessibles, à nous qui en avons perdu jusqu'au souvenir – bridés que nous étions par les rigidités et l'étroitesse de vues de l'ECO si valorisé dans notre culture.

 

La structure de l’ADN ?

Certains vont très loin en considérant que ce sont d'ahurissantes révélations qui nous sont parvenues ainsi. L'anthropologue américano-suisse Jeremy Narby[21]voit, dans les visions qu'ont les chamans sud-amérindiens, la communication de la structure même de l'ADN – la molécule fondamentale de tout ce qui vit, porteuse du code génétique. Cette structure est en double hélice et, lors d'une transe (obtenue par ingestion d'une substance hallucinogène pendant un rite auquel il fut convié), Jeremy voit deux serpents entrelacés. Son enquête ethnographique lui révèle ensuite que les Indiens qui prenaient de cette substance avaient également ce même type de vision.

Puis il tombe sur une note de Michael Harner qui avait lui aussi, lors de ses recherches sur des ethnies de l'Amazonie péruvienne, pris le même genre de drogue et qui raconte que, après diverses péripéties, il se mit à percevoir des « créatures reptiliennes géantes » qui lui montrèrent visuellement comment elles avaient, au commencement des temps, créé la vie sur terre :

– Devant moi, la magnificence de la création des plantes et des animaux et de la différenciation des espèces – des centaines de millions d'années d'activité – se déroula à une échelle et une vigueur impossibles à décrire. J'appris que les créatures ressemblant à des dragons résidaient ainsi à l'intérieur de tous les êtres vivants, y compris l'homme. […] rétrospectivement [en 1980], on pourrait dire qu'elles étaient presque comme l'ADN, excepté qu'à l'époque, en 1961, je ne savais rien au sujet de l'ADN[22].

Jeremy continue ses recherches et finit par rassembler un matériel important : dessins et peintures de visions faits par des Indiens après des transes. Un jour, il montre ces productions à un ami possédant de bonnes connaissances en biologie moléculaire et celui-ci reconnaît dans ces peintures des structures qu'il connaît bien : là du collagène ; là du réseau embryonnaire de l'axone avec ses névrites ; là encore des chromosomes à un stade spécifique. Et là, « la forme étalée de l'ADN, et juste à côté, des bobines d'ADN avec leur structure en nucléosome, etc. »... [23]

Ainsi, pour Jeremy, la connaissance du savoir fondamental sur la matière – que notre science découvre seulement depuis peu – est implicitement livrée par « l'autre réalité » pendant les transes. Son étonnement est immense :

– Je me retrouvais, pauvre anthropologue sachant à peine nager, dans un océan cosmique rempli de serpents microscopiques et bilingues. Je voyais clairement maintenant qu'il existait un lien entre la science et toutes sortes de traditions chamaniques, spirituelles et mythologiques, et que ce lien semblait être passé inaperçu – sans doute à cause de la fragmentation du savoir occidental.[24]

Puis, il part sur la piste du serpent cosmique, image de l'ADN, et il la trouve dans l'iconographie égyptienne ancienne, chez les Aztèques, en Australie, en Afrique, en Chine, en Inde... Bien sûr, l'ADN n'est pas visible à l'œil nu – et pourtant de si anciennes cultures semblaient en avoir une connaissance par d'autres voies que la voie scientifique. Jeremy en conclut que :

– À travers la transe, les Indiens ne disposent pas seulement de connaissances botaniques précises, concernant des plantes et des remèdes spécifiques, mais d'une véritable source insoupçonnée de savoir bio-moléculaire, d'une valeur financière inestimable, et qui concerne surtout les connaissances du futur.[25]

Il ajoute encore :

– À y regarder de près [...] : bon nombre d'idées absolument centrales pour la science prennent racine au-delà des limites du rationnel.[26]

Il semblerait donc bien que la transe exploratoire peut ramener dans notre monde des informations à valeur générale. Alors, elle doit aussi pouvoir rapporter des renseignements et des avantages à l'individu lui-même : voyance, indication de remèdes[27], vision d'autres lieux, contact avec des morts aimés... Elle peut aussi asseoir des alliances entre l'homme en transe et des « êtres » de l'autre réalité, ou encore le familiariser avec la géographie de l'outre-monde qu'il abordera à sa mort[28], ou opérer la rencontre avec une entité protectrice et tutélaire ou avec un « guide », etc...

Réalités ? Métaphores ? Voilà qui me semble des questionnements oiseux. Car, à mon avis, peu importent les réponses à ces interrogations : si ces expériences grandissent l'être, contribuent à le construire, à l'armer pour la vie et à lui donner une meilleure aptitude au bonheur, elles sont estimables en elles-mêmes et toute opinion péremptoire à leur sujet est hors de propos...

 

Quelques opinions occidentales sur la transe

En effet, on aurait tort de croire que cette Autre Réalité (expérimentée dans les transes) n'a d'existence que psychique. En fait, la transe nous prouve justement que le corps même peut être affecté et modifié au point que l'on puisse parler d'un « corps de transe » dont les lois physiologiques sont radicalement différentes de celles auxquelles notre corps répond habituellement. / Christine Hardy – psychologue

Le Docteur Jacques Donnars est un spécialiste français de la transe : il travaille sur le sujet depuis les années 1960. Voici ce qu'il dit de ce vécu de la transe, ici, en Occident, en France, aujourd'hui :

– La transe, c'est une décharge de la conscience, mais à l'envers; c'est la descente ou la montée (à vous de choisir !) vertigineuse vers l'être, par-delà la parole oubliée, par-delà les images, en-dessous des marées affectives [...] ; les minutes valent des années, les années des secondes; il n'y a plus ni espace ni temps...[29]

Ou encore, il évoque ceux qui, dans la transe, ont rencontré :

– … ce vide silencieux plus plein de vie que tout ce qui peut s'imaginer au monde de plus vivant, ce vide si intense, si vaste, si puissant, que rien au monde n'en peut donner le goût, sauf peut-être de dire qu'il est à la fois si intime et si absolu que plus rien, après cela, n'a le même goût.[30]

Jacques Donnars peut parler ainsi en toute connaissance de cause – et pas par ouï-dire ! Il est lui-même tout à fait familier de la transe et nombreux sont ceux qui, grâce à lui, ont pu expérimenter, vivre, ce si désirable ENOC.

France Schott-Bittmann, anthropologue et psychothérapeute française, fait aussi des recherches et des travaux sur la transe – et cela depuis les années 1970. Elle a fait expérimenter la transe à ses étudiants de l'Université de Paris VIII à l'aide de musiques rythmées et d'une technique de danse qu'elle a appelé « l'expression primitive ». Voici ce qu'elle est amenée à regretter :

– L'Occident a cessé d'inscrire la thérapie [...] en refusant droit de cité à la transe, à la possession, à la théâtralisation de l'Inconscient pour privilégier sa verbalisation.

Il existe donc aujourd'hui des techniques facilitant pour l'Occidental l'accès à différentes transes. Cela va du tambour et des inductions de visualisations préconisés par Harner jusqu'aux modernes développements technologiques du neo-chamanisme : sonorités particulières synthétisées, rythmes à des fréquences rigoureusement précises, différenciation des stimuli appliqués aux deux hémisphères cérébraux, inductions vocales et visualisations, postures du corps, signaux optiques. Ces méthodes du techno-chamanisme sont, à ce jour, de mon point de vue, ce qui existe de plus efficace, en tous cas pour nous Occidentaux qui avons à réapprendre à entrer dans ces autres états de conscience[31] – pour notre plus grand équilibre...

Car l'être humain reste l'être humain, quels que soient la couleur de la peau ou le consensus de réalité dans lequel il a baigné : il garde les capacités inhérentes à sa nature humaine, à son esprit humain, à son cerveau humain. Il peut, pendant des époques, oublier qu'il peut puiser sa santé, son bien-être, son savoir, son pouvoir, à nombre de sources, par son intellect et sa raison tout autant que par son intuition et son accès à d'autres réalités que l'apparente. Tous les ésotérismes, tous les occultismes nous le rappelaient pourtant... Et maintenant, les sciences humaines nous y invitent...

 

La transe, c’est rencontrer sa liberté

Voici donc, pour résumer, quelques éléments de réponse quant à ce que vous pourriez attendre, atteindre, trouver, à travers l'expérience de la transe :

  • À vous sentir mieux, mentalement et physiquement – et même à vous guérir
  • À entrer en contact avec d'autres réalités
  • À « voyager » et explorer d'autres plans
  • À trouver des informations, de l'inspiration, des alliances, des guides, des aides
  • À sortir de situations bloquées
  • À développer en vous des aptitudes de l'ordre du parapsychologique...
  • À ressentir des états proches de l'extatique.

Je le répète : n'ayez pas peur de la transe. Ne vous laissez pas envahir par les idées négatives véhiculées par certains média ou par la fantasmagorie hollywoodienne. La transe est bonne pour l'être humain; elle est bonne pour vous, qui aspirez à sortir des limites du petit Moi étriqué, qui visez l'expansion de votre être, une croissance, votre grandissement.

Nous portons tous en nous l'envie – et le potentiel – de sortir de certaines des contraintes du corps et du mental qui nous sont imposées par l'emprise socioculturelle. Nous devrions avoir le désir fondamental de faire éclater l'étreinte de conventions et de règles trop normatives. Nous avons en nous le désir essentiel que la poussée vitale qui s'étouffe en nous en vienne à s'écouler librement. Nous sommes le plus souvent victimes d'une sorte de parasite qui nous force à nous comporter comme la société le veut, pas trop peu certes, mais surtout pas trop ! Notre corps est contraint, vissé, engoncé dans des bandelettes faites de rigidités musculaires, maintien de « civilisés », politesse parfois trop convenue (au lieu de courtoisie bienvenue), bonnes manières raides et soumission au qu'en dira-t-on...

Mais la transe, elle, est ouvrante, libératrice. Elle est :

  • Rencontre de l'être humain avec sa liberté
  • Rencontre de l'être humain avec sa quête
  • Rencontre de l'être humain avec de la connaissance
  • Rencontre de l'être humain avec ses capacités endormies
  • Rencontre de l'être humain avec son médicament
  • Rencontre de l'être humain avec le lâcher prise
  • Rencontre de l'être humain avec la découverte
  • Rencontre de l'être humain avec l'exploration
  • Rencontre de l'être humain avec la jouissance
  • Rencontre de l'être humain avec sa croissance psychologique
  • Rencontre de l'être humain avec la Vie...

 

Dans le chapitre suivant, vous découvrirez les Postures de Transe, des postures du corps capables d'induire en vous des ENOCs et, je l'espère, vous expérimenterez...



[1]- Je souligne ici le mot efficace, pour bien mettre en évidence la différence entre le délire ou le « cinéma mental » et le fait de rapporter des informations utilisables du contact avec l'Invisible.

[2] - Cité par Jeremy Narby - Le Serpent Cosmique - Ed. Georg  - page 21.

[3] - Claude Lévi-Strauss, déjà en 1949.

[4]  - Op. cit. - page 45.

[5] - Jacques Brosse - La Magie des Plantes - Ed. Albin Michel - page 275.

[6] - Jean Servier - L’Homme et l’Invisible - Ed. Robert Laffont - page 121.

[7] - Jean Marie Pelt - Drogues et Plantes Magiques - Ed. Fayard - page 65.

[8] - Jeremy Narby - Op. Cit. - page 46.

[9] - Jean Servier - Op. Cit. - page 225.

[10] - Ib. page 226.

[11] - Cité par Georges Lapassade - La Transe - Puf.

[12] - Cactus hallucinogène utilisé en Amérique Centrale dans les rituels chamaniques.

[13]- C'est Claude Planson (le Français initié du vaudou que vous avez rencontré plus haut), à l'époque attaché au Festival d'Avignon, qui rapporte cette anecdote.

[14] - Tous ces témoignages sont issus du numéro 29 de la revue Planète - page 158 et suiv.

[15] - Peut-être faut-il nuancer cela et dire que le langage symbolique ou poétique pourrait être le seul susceptible d'approcher la communication de ces états si particuliers? Mais d'approcher, seulement, en faisant appel à la compréhension intuitive et, en aucun cas, à la logique rationnelle.

[16]- Du reste, dans les racines du judéo-christianisme, les prophètes juifs décrits dans la bible étaient possédés par Dieu s'exprimant par leur bouche – et ce phénomène était aussi tout à fait courant et valorisé dans les cultures « païennes » voisines.

[17]- L'extase est d'abord un ressenti, et ce n'est que postérieurement à ce ressenti que les mots et interprétations tendent à venir.

[18] - Mircéa Eliade - Méphistophélès et l’Androgyne - Ed. Gallimard - page 19.

[19] - Pour en savoir plus sur l'intérêt de cet ENOC qu'est l'hypnose, vous pouvez lire son livre : Bien se connaître pour bien piloter sa vie - Erica Guilane-Nachez (www.neo-cortex-editions.com).

[20]- Dans la mythologie de l'hypnose, bien relayée par le cinéma d'épouvante, la littérature du genre « polar » et de stupides téléfilms américains, on a pu imaginer des personnes faisant des choses abominables en étant sous la coupe d'un hypnotiseur. Dans la réalité, il est rigoureusement impossible de faire faire à un sujet en hypnose des choses auxquelles il se refuserait dans son ECO.

[21] - Op. cit.

[22] - Michael Harner cité par Jeremy Narby - Op. cit. - page 61.

[23] - Op. cit. - page 75.

[24] - Op. cit. - pages 81-82.

[25] - Op. cit. - page 143.

[26] - Op. cit. - page 152.

[27] - Les « lectures » d'Edgar Cayce, par exemple.

[28]- J'ai pu constater à plusieurs reprises l'effet psychothérapeutique de cette familiarisation chez des personnes atteintes d'une peur pathologique de la mort.

[29] - Jacques Donnars -  La Transe : Technique d’épanouissement - Ed. Sand - page 11.

[30] - Op. cit. - page142.

[31]- Le neo-chamanisme, c'est donc la découverte de moyens permettant à l'Occidental non-chaman d'expérimenter des ENOCs. Pour découvrir quels sont les moyens que le Neo Chamanisme met à votre disposition pour cela, vous pouvez lire mon livre Ganzfeld, Biofeedback, Binaural, Subliminal... Neo Chamanisme (www.neo-cortex-editions.com).