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Postlude


Le Maître se promène avec le disciple. Interrompant un long silence, il dit sur un ton paisible :

– Cette nuit, j'ai rêvé d'un papillon...

Intrigué, le disciple regarde le Maître mais n'ose pas faire de commentaire. Quelques instants plus tard, le Maître conclut :

– Mais peut-être est-ce le papillon qui a rêvé de moi...

 

La réalité ?...

Est-ce le papillon qui est réel ? Ou bien sont-ce le Maître et son disciple ?...

Dans ce Postlude, je voudrais vous emmener en ballade dans la... réalité et, ce faisant, aborder ce que certains scientifiques novateurs peuvent en dire aujourd’hui.

Il n’y a aucune raison de penser que le monde – ce que nous prenons pour le « réel » – se limite à ce que nous en percevons d’habitude dans notre état de veille habituel. Il y a même d’abondantes raisons de penser qu’énormément de choses nous échappent de ce qui se trouve dans notre environnement :

  • L'oreille humaine ne peut réceptionner les sons que dans la bande de seize à dix-huit mille hertz
  • Nos yeux ne voient ni l’infrarouge ni l’ultraviolet
  • Énormément d’odeurs nous échappent – imaginez ce que peut sentir votre chien dans votre cuisine, par rapport à ce que vous livre votre propre odorat...

Votre chat a des perceptions très différentes des vôtres pour ce qui concerne cet appartement dans lequel pourtant vous cohabitez : la réalité de vos locaux est vécue très différemment par votre chat et par vous.

Ce que nous prenons pour le réel est ce qui nous est livré par les messages de nos sens et ceux-ci sont interprétés en fonction de l'état de conscience dans lequel on se trouve. Par exemple : la peur est une forme d'état de conscience et, lorsqu'on a peur, l'innocent bruissement des feuilles de l'arbre d'à côté, agitées par le vent d'automne, est vécu comme inquiétant...

En fait, c'est de ce qui est accepté comme étant le réel que dépend la compréhension/connaissance que nous avons de notre monde et de nous-mêmes et aussi notre « fonctionnement » dans le monde.

Lorsqu'il est question d'ENOCs, les expériences parfois étranges et diversifiées que l’on peut faire dans ces états non-ordinaires de conscience sont-elles de l'ordre du réel ? Ne seraient-ce pas plutôt – et exclusivement – celles que l’on fait en ECO, dans le monde matériel, qui correspondraient à la réalité ?

Bien sûr, le chaman aborigène qui est allé dans le Dreaming, le Sioux qui a reçu sa vision dans la montagne, John Lilly qui a vu l’Univers se créer sous ses yeux, Erica dans la grotte blanche, Claude Planson devant la Déesse-Amour universelle, Kabire Fidaali face à l’apparition de Barkié, ou Martial qui a été initié par l’Esprit de l’Ours... tous ceux-là vous diront que cela était réel. D’autant plus réel même, que cela a changé leurs perspectives, leur vision du monde, leur avenir. Chacun affirmera que cette expérience concernait tous ses sens et toutes ses perceptions : cela avait l’odeur, la couleur, le son, le goût et le contact du réel. Et aussi le mouvement, la durée, la matière du réel...

Est-il donc possible que différents plans, mondes, univers, réels eux aussi, jouxtent le nôtre, ce monde dont nous faisons l’expérience quotidienne dans notre ECO et que, tous, nous savons être la réalité ?

Toutefois, ce que nous prenons pour la réalité, le plateau dur de cette table, la couleur du ciel, le temps qui passe, la distance qui nous sépare de l’être aimé, le départ de la navette spatiale que l'on nous montre aux infos de vingt heures... : est-ce vraiment si réel que cela ? Lorsqu’on pose des questions aussi fondamentales que cela, il faut être prêt à toute réponse et même peut-être à perdre quelques repères (mais qu’importe, naturellement, si c’est pour enrichir sa connaissance et s’ouvrir, n'est-ce pas ?..).

 

Le monde obéit-il aux idées rationalistes ?

Alors, êtes-vous prêt à tout ? Allons-y et démarrons sur les chapeaux de roues.

Lorsque l’on parle d’expériences en ENOC, les bons rationalistes rivés à leur ECO objectent :

– C’est là du pathos. Il n’y a pas d’autre réalité que le monde visible rationnel. Voilà qui est réel ! Et tout le reste n’est que fariboles et naïvetés de prélogiques !

Pour les rationalistes donc, ce qu’il y a à découvrir dans les ENOCs relèverait du non réel, de l'imagination débridée de personnalités immatures et engorgées dans leurs fantasmes ou, au mieux, victimes de leur besoin d'enchantement du monde... C'est donc totalement fantasmagorique et illusoire.

Il est cependant vrai que de tels rationalistes (purs et durs, selon l'expression consacrée) sont aujourd’hui âgés. Ils ont fait leurs études dans les années 1950/1960 et ont été imprégnés par des théories de nos jours remises en cause à la lumière des sciences de pointe. Ils ont sans doute cessé de s’interroger depuis longtemps, bien ancrés dans leurs certitudes – et cela n’a pas empêché le monde de tourner, les choses de changer et de nouvelles connaissances d’arriver.

Mais nous-même, gardons l’esprit ouvert. Stimulons notre curiosité, remettons en question nos acquis. Car c’est seulement ainsi que l’on reste vivant.

Une des richesses de notre pensée scientifique la plus récente, c’est de voir que notre univers n’est qu’un des possibles, que le rationnel ne se confond pas avec le réel. Leibniz disait que le seul monde réel était le monde rationnel et que tous les autres mondes étaient des imaginations malheureuses. Tandis qu’aujourd’hui, nous voyons différents mondes possibles. / Ilya Prigogine – Prix Nobel de chimie

Alors, reposons la question : qu’est-ce donc que la réalité ? Qu’est-ce qui est réel ? Et qu’est-ce qui ne l’est pas ?

 

Un univers si mécaniste ?

À cette question, notre Occident a répondu il y a seulement quatre siècles par la vision mécaniste d’un univers-horloge : la réalité est ce qui s’inscrit dans le temps, ce qui est matériel, quantifiable et mesurable ; et aussi ce qui obéit à des lois mathématiques immuables, permanentes, éternelles.

Selon cette conception de la réalité, il suffit de découvrir ces lois à l’aide de la raison pour tout comprendre du monde. Voici ce que disait le mathématicien Laplace au XVIIIème siècle :

– Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans une même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux.

Or, aujourd’hui, alors que nous disposons d’ordinateurs ayant une puissance de calcul phénoménale (mille milliards d’opérations à la seconde !), nous ne sommes même pas parvenus à pronostiquer avec certitude le temps qu’il va faire au-delà des cinq prochains jours... On est bien loin du rêve de Laplace !

Ainsi, alors que le troisième millénaire après J.-C. approche, les scientifiques abandonnent la poursuite de la Vérité [...]. Il peut exister des choses vraies dans l'Univers qui ne peuvent pas être connues au sens scientifique du terme. / Ian Stewart – mathématicien, chercheur

Car cette vision mécaniste de l’univers est erronée. Cette réalité en laquelle nous avons crue est fausse : le monde, notre terrain d’expérience, n’est pas uniquement ce qui est visible et définissable. Il a aspects rationnels, mais il n’est pas que rationnel. Il n’est pas fatalement soumis à une causalité rigide trouvant son origine dans le Big Bang à partir duquel tout s’est enchaîné-s’enchaîne-s’enchaînera, sous la dictature de lois implacables. L’univers, la Terre, la Vie, l’homme, et jusqu’aux particules élémentaires, tout est susceptible de varier, d’évoluer, de sortir du carcan. En fait, la science d’aujourd’hui constate, étonnée, qu’il y a des paramètres qui, toujours, nous échapperont, et cela pour une raison qui a quelque chose d’à la fois affolant et exaltant : parce que le monde est créé à chaque instant.

Oui, c’est bien cela que la science découvre avec surprise depuis quelques décades : la nature du réel, de la matière et du temps lui échappent ; la causalité est à nuancer ; la réalité est floue, susceptible d’avatars innombrables...

 

Une réalité si plastique ?

Il y a plus : la réalité semble se conformer à ce que l’homme ou la culture pense qu’elle est. La vision du monde et de la réalité des Aborigènes d’Australie traditionnelle n’a pas grand-chose de commun avec la nôtre, pas plus que celle de l'Égypte ancienne n’avait de ressemblances avec celle de la Chine d'alors ou d'aujourd'hui. La réalité perçue par les Africains du Niger d’il y a deux siècles est très différente de celle que les Nigérians reconnaissent aujourd’hui. Cela est très troublant : parce que toutes ces visions du monde marchent...

Le monde est très étonnant, beaucoup plus mystérieux qu’il ne paraissait [à la science rationaliste]. Alors, dans ces conditions, il faut être très tolérant. Ce qu’on appelle l’irrationalisme peut être aussi une autre vision. Or, le monde devenant plus complexe, plus imprévisible, et sachant que nous n’avons pas la clé du mystère, nous devons être plus ouvert à d’autres traditions culturelles et à d’autres visions du monde. Nous devons aussi élargir notre horizon. / Ilya Prigogine – Prix Nobel de chimie

Car, à moins de considérer l’homme des cultures traditionnelles comme un « primitif » prélogique (et cette vision-là est complètement dépassée aujourd’hui dans les sciences humaines), il faut bien constater que le monde tel qu’il est vécu, perçu, ressenti, compris, interprété, ressemble toujours à s’y méprendre au monde tel qu’on le croit. C’est aussi valable pour les Maya que pour nous, Français du XXIème siècle. Ainsi, il faut nécessairement en venir à la notion de la relativité du réel et peut-être même aller plus loin : la « réalité » ne se plierait-elle pas à nos croyances sur elle ?

 

Mais où donc est la réalité ?

Partons à sa recherche à travers ses différents constituants : matière, espace, temps, événements.

 

La matière

Voyons d’abord la matière : elle, au moins, est forcément réelle, puisque nous la touchons, nous nous cognons contre elle – et que ça nous fait des hématomes !

Voici ce que nous en révèle la physique atomique : si l’on éliminait tout le vide qui existe entre les atomes composant les presque sept milliards de corps des humains aujourd’hui vivants, cette matière compactée remplirait tout juste un dé à coudre...

Lorsque l’on se place au niveau de l’atome, on n’évolue pas dans un monde d’objets solides qui se déplacent tels des danseurs dans un ballet bien orchestré. Les particules subatomiques sont séparées par des vides immenses, qui font de l’atome un espace vide à 99,999%. C’est vrai pour les atomes d’hydrogène dans l’air, pour les atomes de carbone dans le bois dont sont faites les tables, de même que pour les atomes «solides» de nos cellules. Ainsi, tout solide, y compris le corps humain, est, toutes proportions gardées, aussi vide que l’espace intergalactique. / Deepak Choprah – médecin

Alors, mon corps qui se cogne contre le coin du buffet et qui produit un bleu n’existe réellement que pour un sept milliardième de dé à coudre ? Aïe ! Et la roche, et le soleil, si vides que cela ?

Oui...

 

Le temps

Admettons. Mais si la matière est pleine de vide, on peut au moins se rabattre sur le temps en tant que preuve de quelque chose de réel ? Car après tout, on ne connaît rien qui aille de l’avenir vers le passé.

Désolé, mais pas vraiment non plus. Car la théorie de la relativité nous a montré que le temps est fonction de la vitesse de déplacement d’un corps. Par exemple, des mesures très précises faites avec des horloges atomiques ont démontré que le temps ne s’écoule pas de la même façon au sommet d’un gratte-ciel et au niveau du sol. La différence est minime, mais tout à fait certaine. Quant à la physique quantique, elle nous a appris des choses étonnantes. Certaines expériences[1] amènent des physiciens à penser que, au niveau particulaire, le temps peut être remonté et que le futur peut influencer le passé.

Dans le labo du physicien, on peut dire que, d’une certaine façon, les éléments sont dans une situation de préconnaissance. Les expériences de Pfleger et Mandel ont montré qu’on ne pouvait écarter en physique quantique cette influence du futur sur le passé. / Richard D. Mattuck – physicien

La plupart d’entre nous en sommes restés à l’espace-temps à quatre dimensions. Mais le physicien, aujourd’hui, nous explique que le débat est désormais de savoir si l’espace-temps a vraiment des dimensions et, si oui, combien ? À tel point qu’il existe aujourd’hui dans la physique une conception d’avant-garde postulant que, dans certaines conditions, on pourrait voyager dans le temps en remontant dans le passé : c’est la théorie dite des « trous de ver ». Cette même théorie envisage la possibilité d’aller à l’autre bout de l’univers en un clin d'œil.

Ce qui nous amène à l’espace.

 

L’espace

Si le temps n’a pas en toute certitude l’épaisseur du réel, l’espace, lui, en participe sûrement ! Il y a une grande distance entre moi, ici, et Tahiti où j’aimerai bien me trouver en ce moment. L’espace qui me maintient éloigné de la Polynésie, voilà au moins quelque chose de l’ordre d’une réalité ?

Au niveau subatomique, la matière n’existe pas avec certitude en des endroits définis, mais présente plutôt des « tendances à l’existence ». / Fritjof Capra – physicien

Aujourd’hui, on parle de la possibilité future de franchir des espaces intergalactiques en une fraction de seconde : c’est la théorie des « trous de ver » que je viens d’évoquer.

 

Les événements

Cela se complique vraiment. Et les événements ? Lorsque je suis heureux, c’est tout de même une réalité tout à fait différente de celle que je vis lorsque j’ai 40° de fièvre et que je grelotte dans mon lit ! Voici ce qu’aurait répondu à cela un homme de l’Antiquité, passé à l’histoire :

Si un élément te fait souffrir, ta douleur n’est pas causée par cet élément comme tel, mais par ton propre jugement de cet élément ; et tu as le pouvoir d’annuler celui-ci à tout moment./ Marcus Aurélius – empereur romain

Et voici ce que répondrai un homme d’aujourd’hui :

Comme je l’ai déjà dit, la croyance selon laquelle il n’y aurait qu’une seule réalité, soit la façon dont on la voit soi-même, est une illusion dangereuse. / Paul Watzlawick – psychothérapeute, chercheur

L’impact des événements est lié à la subjectivité du ressenti et du jugement personnel. Il est aussi lié à des filtres inhérents à la psychologie de chacun : ce qui est catastrophique pour l’un peut être vécu comme une épreuve initiatique grandissante pour l’autre. Cette subjectivité est totale, varie d’un homme à l’autre et ne peut prétendre à être critère de réalité.

 

Les objets

Alors, au moins, les objets sont réels ? Un avion, c’est un avion ! Un bateau, c’est un bateau ! Cela au moins ne peut se discuter, n'est-ce pas ?

Oui. Peut-être. Mais un avion n’est un avion que si on le reconnaît comme tel. Sinon, c’est un amas de métal, de caoutchouc, de plastique, de fils (et d’un autre point de vue encore : des atomes séparés par le vide inter-atomique)...

Au XVIème siècle, un grand trois-mâts jette l’ancre devant le rivage d’une île exotique nouvellement découverte. Les marins mouillent des canots pour aller sur la terre ferme et sont alors accueillis à bras ouverts par la population. Les autochtones leur demandent comment ils sont venus, par quoi ils ont été posés juste là, sur la mer à quelques encablures du bord.

– Mais voyons, nous venons de ce bateau-là, celui qui a la toile et les trois mats !

Alors seulement les marins ont réalisé que les indigènes ne voyaient pas, simplement ne voyaient pas, le splendide navire se balançant sur les vagues. Ils voyaient bien les canots, pas de problème pour cela, mais le grand navire leur était invisible – comme s’il n’existait pas.

On en arrive à penser que quelque chose qui ressemble à un paradigme est indispensable à la perception elle-même. Ce que voit un sujet dépend à la fois de ce qu’il regarde et de ce que son expérience antérieure, visuelle et conceptuelle, lui a appris à voir. / Thomas S. Kuhn – historien des sciences

Le paradigme, c’est le modèle du monde accepté par une culture (ou un humain), transmis par l’éducation et conforté par l’expérience.

Dans les modèles du monde de ces indigènes, il n’existait rien qui ressemblât à un trois-mâts et ils ne l’ont pas vu – vraiment pas vu. Par contre, les petits canots leur étaient tout à fait familiers : ils faisaient partie de leur monde et des instruments dont ils se servaient pour pêcher. Ceux-là, ils les ont bien perçus, en étant seulement étonnés du fait qu’ils apparaissaient là, sur l’eau, à partir de... rien.

Dans l’autre sens, si vous vous promeniez avec un chaman sioux dans la forêt, vous seriez sans doute aveugle à bien des choses qu’il verrait, lui. Nous avons ainsi marché dans les bois avec le Archie Fire Lame Deer, et nous avons pu constater à quel point nous voyions peu de choses, là où tout lui parlait : état de la végétation, traces animales dont il pouvait dater le passage, éléments de la nature lui permettant de prévoir le temps à venir...

Alors, si nous nous demandions ce que nous, Occidentaux, ne voyons pas, ne percevons pas, parce que cela ne fait pas partie du paradigme du réel que nous acceptons, des théories auxquelles nous croyons ? À quoi sommes-nous aveugles ? Qu’est-ce qui, peut-être, est là, juste à côté de moi, que je ne perçois pas ?

Là est peut-être la réponse aux apparentes contradictions entre ce que nous pensons réel et ce que d’autres cultures pensent réel. Peut-être, en vérité, tout cela nous échappe-t-il : les fées, les trolls, les soucoupes volantes, les esprits des ancêtres, Dreamtime, le Bangré, les anges, les Oiseaux-Tonnerre, la danse de Shiva ?...

Ou l’Invisible, si bien nommé peut-être ?..

Tout cela est-il là, juste là, tout à fait accessible pour peu que je change de paradigme ou d’état de conscience ?...

 

La conscience

Alors, ce serait la conscience qui est réelle ?

La conscience semble le dénominateur commun accordant le statut de réalité au temps, à l’espace, à la matière, aux événements, aux objets, à la perception. Fritjof Capra pense que la conscience est à la base de la réalité. Werner Heisenberg, le « père » du principe d’incertitude portant son nom, affirme qu’il ne peut exister aucun phénomène totalement objectif, dans le sens d’indépendant de l’observateur.

Le trait essentiel de la théorie quantique est que l’homme est nécessaire non seulement pour observer les propriétés d’un objet, mais même pour que celles-ci deviennent une réalité [...]. En physique atomique, la nette coupure cartésienne entre l’esprit et la matière, entre le moi et le monde, n’a plus cours. / Fritjof Capra – physicien

 

Alors, la réalité ?

Ainsi, relativité et physique quantique sont venues heurter l’ancienne vision d’un monde solide et prédictible. Elles nous ont dit que la matière est presque vide, rejoignant en cela les très anciens enseignements de l’Hindouisme et du Bouddhisme, pour lesquels le monde visible est Maya : Maya, l’illusion qui prend toutes ces catégories de croyances (temps, espace, matière, formes, événements...) pour la réalité.

Maya, c’est notre imagination de ce qu’est la réalité. Mais c’est peut-être plus extraordinaire encore : Maya pourrait bien nous amener à créer le monde et le faire plier pour nous sous sa férule...

Nous en revenons donc à ce qui a été évoqué il y a quelques pages : nous percevons le monde à travers le filtre de nos connaissances et de nos croyances sur le monde et sur la réalité. Cela signifie que notre conscience sélectionne, parmi les multiples éléments que lui présente le monde, ceux qui « collent », ceux qui entrent dans le cadre de ce que nous pouvons accepter comme réel – et élimine tout le reste. Ainsi, un monde « objectif », ou bien n’existe pas, ou bien ne nous est jamais accessible tant que nous sommes limités par des certitudes, par un paradigme, par un état de conscience unique.

Les multiples cultures du monde, du lointain passé à aujourd’hui et dans toutes les directions cardinales, ont élaboré différents paradigmes, différentes visions-compréhensions-croyances touchant au monde et à sa réalité. Toutes ces réalités ont fonctionné, ont marché, ont été « prouvées » par l’expérience – et cela jusqu’à ce qu’un nouveau paradigme se mette en place et bouscule le précédant, changeant la « réalité ».

Il y a eu la « réalité » de la Terre plate, puis celle de la Terre ronde au centre focal de l’univers, pour en arriver aujourd’hui à celle de la Terre, petite planète de la banlieue d’une des mille milliards de galaxies d’un univers en expansion... Il y a eu la « réalité » de l’infériorité raciale des Noirs sur les Blancs ou de celle des Juifs sur les Aryens ! Et demain ?

Il y a eu le paradigme cartésien-rationaliste... Et demain ?

 

Et revoici les ENOCs

Les croyances communes aux membres d’une culture donnée forment le consensus de réalité, c'est-à-dire l’ensemble des éléments auxquels chacun accorde le critère de réalité :

Mais pourquoi faudrait-il resté englué dans un seul consensus de réalité ?

C’est là que nous retrouvons les ENOCs. Car si la conscience est la clé, le dénominateur commun qui filtre et spécifie le réel, c’est à travers les ENOCs que nous pouvons enrichir notre ouverture à une plus ample réalité, à plus de connaissance, de compréhension – et hors des restrictions imposées par un espace-temps-matière rigide. De grands savants ont perçu ces possibilités-là.

Dès que l’on atteint des plans plus subtils de conscience, on peut opérer par fonctionnement psychique sur le plan matériel. / Brian Josephson – Prix Nobel de physique

Mais alors, cela signifierait que le champ des investigations n’est pas limité par le temps ni l’espace ? Précognition, postcognition, vue à distance et télépathie sont donc implicitement possibles pour le physicien ?

Mais alors, la matière serait réceptive et modulable grâce aux pouvoirs du psychisme ? Implicitement, magie, guérison et autoguérison sont-ils donc aussi envisageables pour le scientifique ?

Est-il possible, puisque la conscience peut organiser des processus internes du cerveau, que cette même conscience puisse organiser des processus extérieurs à l’individu ? / Mario Varvoglis – Ph. D. en psychologie expérimentale

Magie, guérison à distance, co-création permanente du monde, ne feraient-ils plus « froid dans le dos » au spécialiste du psychisme ?

 

La théorie du Chaos

Et puis, les mathématiques de pointe nous ont apporté la toute neuve théorie du Chaos, élaborée à partir des années 1970 grâce au développement de l’informatique. C’est ce Chaos-là qui a vraiment détrôné les certitudes de la science classique, fille de Laplace. Avec le Chaos, il n’y a plus de causalité remontant aux origines, mais bien l’évidence de la création de nouvelles causes à tout moment. Le Chaos prouve aussi qu’un événement minuscule peut, en s’amplifiant de proche en proche, finir par créer une modification considérable sur la suite du déroulement de l’histoire, de la « réalité » : c'est le célèbre effet papillon[2].

À tout moment dans votre vie à vous (appelons cela votre micro-réalité), et aussi dans le collectif (nommons cela la macro-réalité), l’effet papillon change l’avenir, crée la suite du monde.

Le Chaos ne postule pas l’inexistence de lois, mais il nous dit que, si ces lois existent, nous n’en possédons par la connaissance – et ne la posséderons jamais. Ainsi donc, le monde, créé à chaque instant, s’enrichit en permanence de nouvelles causes créatrices. Voici ce que cela signifie : une nouvelle cause génère des effets qui étaient impossibles à prévoir avant sa survenue. De même, il est impossible de prévoir quand arrivera la prochaine cause qui infléchira le processus enclenché qui, lui-même, sera modulé par la naissance d’une autre cause – dont il est toujours impossible de pronostiquer la venue – qui, elle-même... Vertigineux, non ?

D’autant plus que ces causes peuvent être infimes et néanmoins modifier la suite des événements de manière aussi immense que non prédictible. Cela signifie que toute action, toute réaction, toute initiative et même peut-être toute pensée peut finir, du fait de l’effet papillon, par avoir des conséquences gigantesques sur la « réalité » vécue par un individu ou par une société.

Cela ne laisse-t-il pas rêveur ? Mais c’est bien à cela qu’en vient la logique du Chaos : si la conscience est bien le critère de jugement du réel, des changements dans les états de la conscience, dans ses niveaux, dans ses perceptions, pourraient bien parfois modifier grandement la réalité vécue par un homme ou une civilisation et ouvrir de nouvelles portes.

Après tout, un événement aussi infime que les rêves de Descartes, parmi les millions de rêves faits en cette nuit de 1619 ont bien été un effet papillon qui, s’amplifiant de proche en proche, a  abouti à la culture occidentale, à la science, à Hiroshima, au LEM et... à la théorie du Chaos » !...

 

La réalité : un hologramme ?

Nos pensées créent le monde... C’est le titre d’un livre fascinant[3]. Si nos pensées créent le monde qui nous apparaît, cela signifie qu’il y a un échange d’informations entre notre conscience dans ses différents états et le monde, et que cet échange a une énorme puissance génératrice, transformatrice. Alors, ECO et ENOC sont bien susceptibles de créer le monde...

Surtout si le monde n’a rien, mais vraiment rien, de concret. C’est ce que pensent les physiciens David Bohm et Régis Dutheil, le spécialiste du cerveau et théoricien de la physique Karl Pribram ainsi que quelques autres sommités :

Pour eux, le monde est vécu par notre conscience comme réel, mais il ne serait que virtuel et c’est notre cerveau qui interpréterait cette virtualité comme étant une réalité.

C’est la théorie holographique. Selon cette théorie, le monde que nous expérimentons par nos sens est uniquement un ensemble d’hologrammes[4] et il est aussi vide et impalpable que le disaient le bouddhisme, l’hindouisme et... la physique quantique. Pribram affirme que la réalité qui nous entoure n’est qu’une illusion, une image créée mathématiquement par certaines fonctions de la conscience humaine.

Ces chercheurs prolongent leur pensée de la manière suivante : la réalité, la vraie, est « ailleurs ». C’est de cette vraie réalité, ailleurs[5], qu’est en quelque sorte « projeté » le gigantesque hologramme auquel nous accordons le statut du réel. Dans cette vraie réalité, et contrairement à ce que nous percevons ici, les limites du temps et de l’espace disparaissent : passé, présent, avenir, espaces, tout s’y trouve et tout s’y produit dans un temps nul, sorte de présent absolu, permanence d’un temps hors du temps et de l’espace, « lieu » d’information totale et simultanée. Lieu aussi où se trouve notre conscience totale (dont notre conscience d’ici n’est qu’une parcelle) qui a deux propriétés : elle est information pure et instantanéité.

Si la physique de pointe nous parle de cela aujourd’hui, les Aborigènes d’Australie affirmaient la même chose avec le Dreamtime : cet espace-temps à la fois immobile, éternel, permanent, d’où nous arrivent enseignements, informations et changements dans le monde matériel. Et Barkié, le voyant-guérisseur africain nullement formé à la science physique, disait :

– Dans le Bangré, il n’existe ni présent, ni futur ; quand tu vois, tu embrasses le temps.

Écoutons encore Jane Roberts après son ENOC du 9 septembre 1963 :

– Le temps n’est pas une série de moments se succédant à l’infini, toute expérience existe dans une sorte d’éternel présent  [...]. Et ce n’est pas la matière qui nous forme mais nous qui formons la matière ; nos sens ne nous montrent qu’une réalité tridimensionnelle parmi l’infinitude des réalités existantes...

Pour vraiment parvenir à « sentir » ces concepts, il est nécessaire d’abandonner la logique de l’ECO et de s’ouvrir à d’autres ordres de compréhension : analogiques, intuitifs, symboliques, voire de l’ordre de l’inspiration, du Satori, de l’extase – ENOCs. Ces concepts heurtent le bon sens rationnel, la raison-raisonnante. Ils ne peuvent être assimilés qu’à la manière du koan zen, ce poème si hermétique et pourtant si chargé de sens – si paradoxal que seulement l’entrée en ENOC permet de le comprendre pleinement[6].

 

La réalité : « information » ?

Tout ceci nous amène à ceci : l’information.

Ceux qui ont tenté une définition de l’information en ont dit : l’information est ce qui apporte du nouveau. Elle est tout ce qui est créateur de sens et de non-sens, de réalité et de non-réalité (nous revoici en plein koan !), de perceptions, de connaissances, de vie. Par-dessus tout, l’information est tout ce qui crée une modification : l’information apporte un changement dans l’état du savoir, elle met une forme là où il n’y en avait pas. En ce sens, l’information est à tout moment génératrice d’effet papillon et elle crée ainsi le monde en permanence. Elle le crée parce que :

  • L’effet papillon correspond à l'arrivée de l'information qui, se répandant de proche en proche, se révélera chargée d’un pouvoir transformateur
  • La projection, à partir de la « vraie réalité », de l’hologramme que nous prenons pour le monde, est une projection d’information.

Alors, certains scientifiques, comme le biologiste et physicien Tom Stonier ou bien le généticien Richard Dawkins, pensent aujourd’hui que la seule chose qui aie valeur de réalité est : l’information. Pour ceux-là, tout l’univers se construit en permanence par un accroissement et une complexification constants de l’information – et l’information est, par définition même, mouvante, mobile, modulable. Elle s’enrichit exponentiellement par tout ce qui entre en contact avec elle, qui est aussi de l’information. Elle n’est ni figée, ni rigide. Elle vitalise, crée, fait évoluer et change le monde et l’homme.

L’information parvient à la conscience en apport continu. Ainsi se construit la connaissance de la « réalité ». Mais les puissants filtres de l’ECO empêchent l’arrivée de nombre d’informations et tronquent ainsi l’aptitude à mieux approcher l’essence du réel. Là encore, les ENOCs permettent l’acquisition d’informations qui eussent été ignorées sans eux.

 

La réalité de la réalité ?

Arrivé au bout de cette balade dans des postes avancés de la science, il faut bien constater qu’il y a plus de questions que ne sont apportées de réponses. La science d’aujourd’hui n’en fait pas mystère : elle ne sait pas ce qu’est la réalité, elle ne peut que formuler des hypothèses. Certains scientifiques – et non des moindres – pensent même que jamais la science ne pourra pleinement saisir la nature du réel, la réalité de la réalité. Mais des Maîtres zen, des Maîtres soufi, Maître Eckhart, le Bouddha, des « hommes de haut degré » d'autres cultures... eux, ont compris la nature de la réalité. Et ce n’est pas par la science, c’est à travers les ENOCs qu’ils ont éliminé les filtres qui les aveuglaient, qu’ils sont sortis de la torpeur, qu’ils se sont éveillés...

Notre Occident sort lentement de la croyance en un univers-horloge et, à petits pas, il entre dans les vues du Chaos, de la relativité, de la physique quantique, du monde holographique et informationnel. Faut-il s’en étonner ? S’en attrister ? Ou s’en réjouir ?

Voici ce qu'il en est pour moi :

Pour ma part, je préfère vivre dans un univers libre – et non pas figé par des « lois » carcérales – même si cela handicape mes possibilités de le comprendre par l'intellect. Il me reste toujours la possibilité d’allier, pour comprendre, ressentir et vivre le monde, toutes les ressources de ma conscience créatrice : ECO et ENOCs, m’ouvrant chacun à différents points de vue sur le réel. D'ailleurs, c’est bien par la multiplication des angles de vue que l’on appréhende, dans son regard, le plus de choses. N’est-ce pas ?...

 

Et Vous ? Qu'en est il pour Vous ?...

 

 

 


 

 

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Michel NACHEZ

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[1] - Par exemple celle connus sous le nom de paradoxe d’Einstein-Podolsky-Rosen ou paradoxe EPR.

[2] - Le terme scientifique pour l’effet papillon est : « dépendance sensitive aux conditions initiales ». Voici des métaphores permettant de comprendre ce que signifie ici effet papillon : lors d’une bataille, un cheval perd un clou à son fer. Alors : « Faute de clou, on perdit le fer; faute de fer, on perdit le cheval; faute de cheval, on perdit le cavalier; faute de cavalier, on perdit la bataille; faute de victoire, on perdit le royaume ! » Ou encore : « Le nez de Cléopâtre eut-il été plus long, la face du monde en eût été changée ».

[3] - Nos Pensées créent le Monde - Martine Castello et Vahé Zartarian - Robert Laffont.

[4] - Un hologramme est un objet virtuel sous la forme d’une photographie en trois dimensions. L’hologramme reproduit non pas l’objet photographié, mais la lumière diffusée par cet objet. Il n’y a donc là aucun objet « réel », mais seulement son « reflet » lumineux.

[5] - Cet « ailleurs » est appelé par Pribram : le domaine de la fréquence; par Bohm : l’ordre implié; par Dutheil : l’univers superlumineux.

[6] - Le koan est une parabole utilisée par les Maîtres zen et est destiné à faire comprendre au disciple les limites de la logique et de l’ECO. Son énoncé est paradoxal et irrationnel et il est insoluble par la pensée rationnelle : la compréhension d’un koan passe nécessairement par un ENOC. Le koan est pour le Maître un moyen de communiquer l’expérience spirituelle et la vraie nature de la réalité. L’école zen Rinzaï transmet son enseignement exclusivement par les koan : c’est à travers eux que le disciple doit comprendre. Exemple d’un koan zen : « Nous nous regardons toute la journée, cependant nous ne nous sommes jamais rencontrés. »