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Vous avez des acouphènes ?.. - Des symptômes et des causes

1 - Des symptômes et des causes

Par manque d’information, beaucoup d’acouphéniques ont tendance à dramatiser ce qui leur arrive et ont une redoutable tendance à imaginer des causes terribles aux sons qu’ils perçoivent dans leur tête – des causes telles que : tumeur cérébrale, accident vasculaire cérébral (AVC), début de surdité, aliénation mentale ou Alzheimer naissants...

Voilà qui ne peut manquer de provoquer de l’affolement plus ou moins bien géré, des angoisses et de l’anxiété :

Or angoisses/anxiété sont bien connues pour tendre à amplifier les acouphènes !

En effet, on connaît le pouvoir du psychisme sur le corps et on sait que de s’affoler, c’est évidemment risquer d’augmenter (voire de générer) les effets désagréables que l’on redoute. À l’inverse, la tranquillité intérieure et le calme sont reconnus comme étant de grands atouts anti-acouphènes. Alors, vous qui lisez ce livre en ce moment, vous devriez déjà au premier degré éviter d’entrer dans ce genre de détestable cercle vicieux :

Acouphènes à angoisses/anxiété à augmentation des acouphènes (et aussi des autres sensations pénibles qui peuvent les accompagner) à augmentation des angoisses/anxiété, etc…

Mais peut-être pensez-vous en ce moment « C’est plus facile à dire qu’à faire ! » ? Dans ce livre, vous allez découvrir des moyens d’éliminer cette tendance anxiogène. Et tout d’abord, et parce que la plupart des personnes souffrant d’acouphènes ont besoin de mieux comprendre ce qui leur arrive, nous allons dans ce premier chapitre préciser quelques points importants.

 

Il est important de comprendre ce qu’est le tinnitus

Il est évident que, quand on comprend quelque chose, on la maîtrise bien mieux que dans le cas contraire : en effet, être bien informé permet de gérer correctement et à son propre avantage situations et évènements. Alors vous, mon lecteur, sachez déjà ceci :

Il est très rare que l’apparition des acouphènes soit liée à une maladie grave.

Voilà déjà une excellente raison de ne pas tomber dans le pernicieux cercle vicieux évoqué plus haut : en réalité, il y a seulement quelques 5% de cas d’acouphènes qui peuvent être reliés à une cause pathologique lourde et cela est détectable par les examens médicaux faits ou prescrits par le médecin spécialiste (ORL). Pour la médecine, en ce qui concerne les 95% de cas restants, les acouphènes n’entrent pas dans la catégorie des « maladies »[1] mais dans celle des « symptômes »[2]. Pour que vous compreniez bien, définissons maintenant quelques éléments en rapport avec le tinnitus et les autres aspects pouvant accompagner celui-ci.

 

Les acouphènes relèvent très rarement de la « maladie »

La médecine reconnaît deux types de pathologies (c’est-à-dire d’atteintes au fonctionnement sain de l’organisme) : la maladie objective et la maladie fonctionnelle.

 

Pathologie objective

C’est celle qui peut être constatée à l’aide des recherches diagnostiques objectives : comme par exemple des appareils, des instruments de mesure, des analyses... Au niveau de l’oreille, ce peut par exemple être la mise en évidence d’une lésion dans l’une ou l’autre de ses parties, ou d’une infection, ou de l’existence d’une tumeur... Dans le cas de la pathologie objective, la cause est repérable, mesurable, objectivable. Pour ce qui concerne les acouphènes : il y en a qui sont secondaires à une pathologie objective (et c’est évidemment au médecin qu’il revient de détecter celle-ci). Toutefois, et comme dit plus haut :

Dans la plupart des cas, les acouphènes n’entrent pas pour la médecine dans cette catégorie de la maladie objective.

 

Pathologie fonctionnelle

C’est celle dont la (les) cause(s) ne peut (peuvent) pas être mise(s) en évidence à l’aide de recherches diagnostiques objectives tels que instruments, appareils de mesure, analyses... La plupart des acouphènes sont dits « essentiels » ce qui veut dire qu’ils n’existent que par eux-mêmes et sans qu’il soit possible de leur attribuer une cause médicale objective reconnue.

Les acouphènes, étant le plus souvent du bruit subjectif dont les causes ne sont pas identifiables par les moyens modernes de la médecine, relèvent donc pour celle-ci de la pathologie fonctionnelle.

 

Définitions : presbyacousie, surdité, malentendant

La presbyacousie est une perte progressive de l’audition, principalement dans les sons aigus. Elle est liée à l’âge et peut concerner une seule ou les deux oreilles. Elle est un phénomène naturel qui correspond à un vieillissement du système auditif (c’est analogue à la presbytie pour ce qui concerne la vue). Elle débute par une difficulté à bien distinguer les mots de vos interlocuteurs quand vous vous trouvez dans un environnement bruyant et peut se développer vers des difficultés croissantes à comprendre ce qui se dit au téléphone, à la TV, à la radio...

La surdité est la perte complète de l’audition et elle peut concerner une seule ou les deux oreilles. Une personne sourde a perdu l’audition au niveau de ses deux oreilles. Elle peut l’être de naissance ; ou avoir été entendante autrefois et avoir perdu l’audition par la suite.

Malentendant : c’est une personne dont l’acuité auditive est plus faible que la « normale » et qui éprouve des difficultés à entendre les sons couramment audibles. À des degrés divers, cette faiblesse peut concerner une seule ou les deux oreilles.

On sait que près de 90% des personnes acouphéniques ont une perte auditive de plus ou moins grande importance dans une seule ou dans les deux oreilles.

 

Acouphènes (ou tinnitus)

Voici maintenant des précisions sur les acouphènes eux-mêmes.

À titre de métaphore, on pourrait dire que les acouphènes sont une sorte d’hallucination auditive : ce sont des bruits que perçoit la personne acouphénique, bruits qui ne sont pas liés à une source sonore objective[3] : ils sont « dans la tête ». Ces sons sont toujours jugés déplaisants, désagréables. Chez la plupart, ces bruits sont sine materia, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas de composante matérielle ni de cause matérielle repérables dans l’état actuel de la connaissance et des moyens d’investigation scientifiques : en d’autres termes, on ne sait donc pas à quoi ils sont dus et pourquoi ces personnes perçoivent ces bruits désagréables.

Les acouphènes peuvent être unilatéraux (ne concerner qu’une seule oreille) ou bilatéraux (concerner les deux oreilles) et, dans ce cas, l’intensité peut être identique ou différente d’une oreille à l’autre. Ils peuvent aussi être ressentis comme localisés dans la boite crânienne.

L’intensité sonore de ces bruits varie selon les personnes atteintes : cela peut aller du bruit du moteur d’un réfrigérateur ou d’une tondeuse à gazon jusqu’à une intensité jugé par l’acouphénique comme étant celle d’un moteur d’avion à réaction ! Les acouphènes peuvent changer de volume sonore : passer du léger et supportable à l’insupportable. Ils sont donc vécus selon les personnes acouphéniques comme un problème auditif plus ou moins aigu, plus ou moins présent ou ponctuel : ils peuvent être permanents, intermittents, variables ou temporaires. Certaines personnes savent les gérer : pour eux, cela relève d’un léger inconfort auditif. Mais pour d’autres, ils sont vécus comme une réelle torture handicapant lourdement la qualité de leur vie – et parfois même leur envie de continuer à vivre ! Et il y a bien sûr tous les niveaux intermédiaires entre ces deux pôles... Voici quelques exemples de qualificatifs employés par des acouphéniques pour décrire leur tinnitus : « inconvénient », « désagréable », « agressif », « une vraie souffrance ! », « intolérable »...

Comme déjà dit plus haut : dans environ 95% des cas, les acouphènes sont subjectifs, c’est-à-dire qu’ils ne relèvent pas d’une source sonore objective que l’ouïe d’autres personnes peut entendre : seule la personne acouphénique en a la perception auditive. Reste le petit pourcentage de cas d’acouphènes que l’on dits objectifs : les sons qui en sont la cause peuvent également être perçus par d’autres personnes ou par des appareils – ce sont en général des sons interne au corps : des « clics » ou des spasmes anormaux de muscles qui se trouvent à proximité des oreilles. Dans la catégorie des acouphènes objectifs, il y a aussi des acouphènes pulsatiles, au son rythmé, et qui sont liés au pouls et au battement cardiaque ou à des troubles au niveau du flot sanguin s’écoulant dans les veines/artères (sachez que dans la plupart des cas d’acouphènes objectifs, des solutions médicales efficaces peuvent être appliquées pour faire cesser ces phénomènes à consulter votre médecin ORL).

 

Récente mise en évidence de la réalité des acouphènes

J’ai dit plus haut que, dans la plupart des cas, les causes des acouphènes ne pouvaient être objectivées et, de ce fait d’ailleurs, il a pu y avoir pendant longtemps une grande part de scepticisme de la part de la médecine quant à leur réalité : il fallait croire les patients sur parole et sans preuves.

Ce n’est heureusement plus le cas depuis quelques années, car l’on a pu constater la présence du tinnitus grâce aux technologies modernes et sophistiquées de l’imagerie médicale et des appareils d’investigation sur le cerveau. En effet, l’Imagerie à Résonance Magnétique fonctionnelle (IRMf) permet maintenant de détecter les modifications produites par l’activité des neurones dans différentes parties du cerveau, et on connaît assez bien à présent les régions du cortex cérébral réagissant spécifiquement à divers stimuli (visuels, sonores, tactiles, olfactifs, etc…). Ainsi, lors de l’application d’un stimulus sonore, certaines zones réagissent alors que d’autres restent ou entrent en repos. Chez des patients acouphéniques, on a donc pu mettre en évidence l’existence des acouphènes en examinant par IRMf les zones de leur cerveau en rapport avec l’audition[4] et, aujourd’hui, la médecine ne doute plus de la réalité du tinnitus.

Il n’en demeure pas moins que, dans l’état actuel de la science et même si on peut les mettre en évidence par IRMf, on ne sait pas réellement ce que sont ces « signaux-fantômes » ni ce qui les crée. Les scientifiques s’accordent à penser qu’il s’agirait de la production par le système nerveux d’un signal interprété par le cerveau comme étant un bruit.

 

Types de tinnitus décrits par les acouphéniques

Les imageries médicales ne permettent pas de savoir quels types de sons sont perçus par les personnes acouphéniques. Les descriptions faites par celles-ci montrent que ces bruits/sons et leurs tonalités peuvent être très divers. Le plus fréquemment mentionné par les acouphéniques est le sifflement. Toutefois, ils indiquent aussi les sons suivants :

  • Chuintements
  • Grésillements
  • Tintements
  • Bourdonnements
  • Cliquetis
  • Pulsations
  • Vrombissements
  • Bruissements
  • Battements
  • Tonalités de notes de musique...

Les sons peuvent être uniformes ou hachés, lisses ou saccadés. En fait, il n’y a pas de spécificité permettant de catégoriser les acouphènes selon les types de sons qu’ils comportent.

 

Fréquence et niveau sonore des acouphènes

Là aussi, la variabilité est grande : certains acouphéniques entendent les sons en permanence et d’autres seulement à certains moments. Un consensus se dégage toutefois : les acouphènes sont, pour la plupart des gens qui en sont atteints, moins dérangeants durant la journée ou/et durant les périodes d’activité où leur mental est occupé par autre chose que par l’attention portée aux sons perçus. À ces moments-là, leur tinnitus est plus ou moins masqué par les autres bruits inévitablement présents dans l’environnement – chez soi, dans le milieu professionnel ou/et relationnel. Par contre, la gêne augmente souvent le soir et durant la nuit : là, les bruits ambiants sont évidemment amoindris et une plus grande focalisation de l’attention sur le tinnitus tend à s’installer. Les acouphènes prennent alors une ampleur qui peut générer de l’angoisse, de l’irritabilité et aussi des troubles du sommeil plus ou moins graves.

Il n’y a pas à ce jour d’instruments ou d’appareils permettant de préciser de façon objective la fréquence/régularité ou/et l’amplitude sonore des acouphènes perçus par un patient. On peut donc uniquement les estimer de façon subjective par rapport aux inconvénients subis, et cela en proposant aux acouphéniques de répondre à des questionnaires de ce type :

« Vos acouphènes sont entendus :

  • Par intermittence
  • En permanence
  • Le jour
  • Le soir
  • La nuit
  • Seulement quand l’ambiance est calme/silencieuse
  • Aussi quand l’ambiance est normalement bruyante
  • Même quand l’ambiance est très bruyante

Vos acouphènes :

  • Ne dérangent pas
  • Dérangent par moments
  • Dérangent en permanence
  • N’empêchent pas de vous endormir
  • Empêchent de vous endormir
  • Ne vous réveillent pas durant la nuit
  • Vous réveillent durant la nuit
  • N’empêchent pas de vous rendormir après un réveil nocturne
  • Empêchent de vous rendormir après un réveil nocturne
  • Vous font souffrir par moments
  • Vous font souffrir en permanence
  • Sont intolérables par moments
  • Sont intolérables en permanence

Vos acouphènes sont couverts par :

  • Certains bruits à lesquels ?
  • Par aucun bruit. »

En examinant les réponses à ce genre de questionnaire, on constate, selon les personnes, une grande disparité/variabilité du tinnitus – en soi et dans son évolution.

 

Evolution des acouphènes

À ce niveau, tous les cas de figure existent :

  • La stabilité dans la durée du tinnitus, sans augmentation de son niveau sonore
  • L’augmentation de ce volume sonore au fil du temps
  • La diminution de ce volume sonore au fil du temps
  • L’augmentation et la diminution, plus ou moins alternées, au fil du temps
  • La disparition des acouphènes suivie de leur réapparition
  • Et l’on voit aussi (malheureusement pas très souvent) la disparition spontanée complète des acouphènes.

Ainsi, aucun pronostic sûr ne peut être fait quand à la façon qu’aura le tinnitus d’évoluer dans le temps.

 

Symptômes connexes aux acouphènes

Certains acouphéniques ont les bruits subjectifs dérangeants pour unique symptôme. Chez d’autres peuvent survenir, en plus de ces sons, d’autres manifestations subjectives telles que par exemple :

  • Une impression plus ou moins persistante d’avoir une ou les deux oreilles comme bouchées
  • Des impressions de fluctuations de l’audition
  • Des douleurs physiques diffuses, pouvant varier de localisations selon les moments (par exemple : sensations d’oppressions respiratoires, mal à la tête, tête lourde, impression de sinus encombrés...)
  • Des états nauséeux
  • Et d’autres encore qui sont développés dans les paragraphes qui suivent…
Vertiges et désorientation

C’est dans nos oreilles que se situe le centre de notre système d’équilibre. De ce fait, le tinnitus peut provoquer chez certains acouphéniques des sensations de vertiges (impression que l’on risque de tomber) et des phénomènes de désorientation : perte passagère des repères, impressions de flottement, incertitude de la position du corps dans l’espace…

Une réduction de l’intensité des acouphènes réduit souvent parallèlement cet inconfort.

 

Stress, angoisses, anxiété

Voilà d’autres symptômes connexes au tinnitus :

  • Le stress, c’est la difficulté à s’adapter à ce qui se présente et cette difficulté amène une excessive consommation d’énergie vitale et, selon l’amplitude du stress, une fatigue physique plus ou moins intense/chronique, un épuisement psychologique et nerveux plus ou moins accentué…
  • Angoisses/anxiété sont des états de peur (le plus souvent non réellement fondée) plus ou moins diffuse, plus ou moins ressentie, accompagnée de sensations physiques désagréables (qui, dans certains cas, amplifient les angoisses en générant de l’inquiétude pour la santé ou/et la survie)…

Les tendances aux stress, aux angoisses et à l’anxiété sont évidemment nuisibles au bien-être et à l’« économie » d’énergie vitale[5]. Beaucoup d’acouphéniques affirment avoir été, déjà avant de subir leurs acouphènes, de tempérament anxieux/angoissés ; d’autres le sont devenus après l’apparition de leur tinnitus. Or, angoisses/anxiété accentuent la vulnérabilité aux stress.

De plus, angoisses/anxiété et stress aggravent non seulement le tinnitus mais ils alimentent également l’insomnie que nous aborderons plus loin, et ils augmentent l’hyper-attention portée aux difficultés, aux problèmes – et au tinnitus.

Voilà donc encore un cercle vicieux dont il convient de s’échapper – et de préférence en n’abusant pas des calmants et autres anxiolytiques !

 

Baisse de la résistance physique et du capital-santé

On voit chez certains acouphéniques (pas chez tous, évidemment !) une diminution d’efficacité de leur système immunitaire : ils deviennent alors plus réceptifs aux infections et se trouvent ainsi fragilisés sur le plan de leur santé. Or, au niveau de leur psychologie, on constate statistiquement que ces personnes ont été le plus souvent de tempérament nerveux et pessimiste, ayant cultivé une vision négative des choses, d’elles-mêmes et de la vie, et avec des tendances plus ou moins moroses/dépressives.

De telles attitudes psychomentales sont capables d’amoindrir à la fois leur saine combativité et leur pulsion vitale, et la psychosomatique peut ainsi expliquer cette baisse de leur capital-santé et de leur résistance physique : au niveau du psychisme, la carence de l’envie de vivre en vient à freiner les forces d’autoguérison corporelles.

Développer en soi une vision plus positive (la « pensée positive ») est un bon moyen pour « renflouer » la résistance physique et pour (re)dynamiser ces fameuses forces d’autoguérison que nous avons tous en nous…

 

Tendance à une hyper attention portée au tinnitus

Autre symptôme connexe aux acouphènes : les personnes qui en souffrent ont tendance à « guetter » l’arrivée des sons entendus lorsque ceux-ci sont absents, ou encore leur amplification quand ils sont faibles :

Ainsi, une grande partie de leur attention consciente est portée sur le problème : sur le tinnitus ! !

Or l’on sait que :

Ce qui retient l’attention prend des proportions considérables dans le champ de la conscience.

Vous le savez d’ailleurs déjà car, comme chacun, vous avez déjà pu expérimenter ceci : en cas de rage de dents, vous avez davantage mal quand vous êtes polarisé sur cette douleur que quand un évènement survient qui oblige votre esprit à s’occuper d’autre chose. Ou encore : vous êtes enrhumé et vous vous mouchez quasi en permanence – mais voilà que vous devez expliquer quelque chose en détail à un collaborateur et votre nez cesse de se faire remarquer ; l’entretien terminé, vous vous souvenez que vous avez un rhume – et votre nez se remet presque aussitôt à couler… Cela démontre bien que :

La focalisation du mental sur le problème peut créer/réactualiser celui-ci.

Bien des personnes acouphéniques sont hypervigilantes à leur tinnitus : elles vivent dans une sorte d’état d’alerte plus ou moins permanent, ce qui ne peut manquer de générer en eux une usure énergétique, du stress et de l’anxiété – toutes choses dont on sait qu’elles sont susceptibles d’augmenter les acouphènes : à c’est le cercle vicieux déjà évoqué plus haut. Et ainsi :

Hypervigilance et acouphènes s’alimentent l’un l’autre !

Cela amène à la psychosomatique[6] dont on reconnaît maintenant la grande importance. Ce concept fait référence au pouvoir sur le corps que peut avoir le psychomental : ce dernier est capable d’influencer l’organisme et d’y créer des problèmes de santé, ou bien aggraver ceux-ci[7].

Tout acouphénique devrait donc savoir que l’hypervigilance au tinnitus est un facteur de création/amplification de celui-ci. A l’inverse, il convient donc qu’il retire au maximum possible son attention des sons qu’il entend. Ce n’est évidemment pas facile pour certains, mais il faut y réussir tout de même : vous trouverez des moyens pour cela un peu plus loin dans ce livre.

 

Des troubles du sommeil

Les troubles du sommeil (comme le soulignait d’ailleurs le questionnaire évoqué plus haut) sont à ajouter à cette liste de symptômes reliés au tinnitus : l’insomnie est en effet fréquemment présente chez les personnes qui en souffrent. Chez elles, ces difficultés à dormir peuvent être liées à une intensification dans leur perception des sons : comme déjà dit, c’est souvent le soir et durant la nuit qu’elles ressentent une plus grande amplitude dans le volume sonore de leur tinnitus, ce qui les amène à lui porter davantage d’attention.

Or, pour chacun, un sommeil de bonne qualité et en quantité suffisante est indispensable à la régénération énergétique, nerveuse et psychologique. Pour l’acouphénique, un sommeil régulièrement carencé :

  • Nuit à cette indispensable régénération
  • Présente un facteur de risque d’aggravation de l’inconfort lié au tinnitus
  • Facilite l’arrivée de l’irritabilité et des états dépressifs.

Chez les personnes acouphéniques, on peut trouver trois sortes de difficultés liées au sommeil :

  • Des états de somnolence ou des micro-sommes[8] involontaires durant la journée, et donc un amoindrissement de leur capacité à l’attention et à la vigilance – avec des risques évidents quant aux activités les nécessitant, telles que la conduite automobile par exemple
  • Des troubles pour l’endormissement (qui sont statistiquement plus fréquents chez les femmes que chez les hommes)
  • Des réveils nocturnes avec difficultés ou impossibilité à se rendormir.

Le manque de sommeil n’est guère supportable et les personnes souffrant de tinnitus risquent donc d’avoir une tendance à surconsommer calmants, anxiolytiques et somnifères.

 

Effets secondaires de cette classe de médicaments

Or, la consommation de cette classe de médicaments (qu’on appelle aussi les « hypnotiques ») peut accentuer les tendances à l’asthénie[9] : c’est là un de leurs effets secondaires. Et il y en a d’autres encore, également bien connus :

  • L’accoutumance : l’efficacité du médicament diminue plus ou moins rapidement
  • L’addiction : c’est la dépendance, c’est-à-dire ne pas parvenir à arrêter la consommation du médicament (alors que l’accoutumance a rendu celui-ci inopérant)
  • Des risques de troubles de la mémoire à court terme
  • Des risques de troubles de la vigilance
  • Des risques d’augmentation du ronflement et de l’apnée du sommeil (et celle-ci est nocive pour le cerveau et pour le myocarde – le muscle cardiaque)
  • Chez les personnes âgées, augmentation des risques de chute et donc de fractures osseuses…

Tout cela était connu depuis longtemps ! Mais ce n’est pas tout : une récente étude américaine portant sur 10 000 personnes a démontré une très significative augmentation de la mortalité et aussi de cancers pouvant être imputée à la prise de somnifères[10].

Revenons un instant à l’accoutumance car le grand public n’est malheureusement pas suffisamment informé à ce propos. Le gain lié à l’usage durable des médicaments hypnotiques est quasi inexistant : l’on sait que le sommeil de personnes habituées à la prise de somnifères est de qualité médiocre et qu’il ne permet pas une régénération énergétique correcte pour leur organisme. En fait, ce n’est guère qu’au début de la prise, et sur un laps de temps court, que les effets des médicaments somnifères semblent positifs en amenant une meilleure capacité à dormir[11] – mais cette efficacité s’épuise vite.

Il y a un autre aspect néfaste dans la mauvaise qualité du sommeil (avec ou sans médication par les hypnotiques) : c’est la carence de rêves. On rêve de quatre à six fois durant une nuit normale de six à huit heures de sommeil, et le rêve nocturne est indispensable car il remplit une fonction de « digestion » psychomentale des informations et des vécus. Empêcher quelqu’un de rêver[12] conduit à court terme à des troubles de l’humeur et à de l’irritabilité, à des difficultés de concentration, à des problèmes de mémorisation et d’apprentissage. A plus long terme, cela mène à des états lourdement psychotiques.

Ainsi un sommeil suffisant et sans somnifères est nécessaire à chacun et, en ce qui concerne plus spécialement les acouphéniques, une bonne qualité de sommeil peut considérablement les aider à réduire et parfois même à vaincre leur tinnitus[13].

 

Des causes possibles du tinnitus

Si vous vous demandiez s’il y des personnes qui, plus que d’autres, pourraient avoir un jour à subir des acouphènes : la réponse statistique à cette question est « oui ». En découvrant ces gens, vous comprendrez en même temps quelles peuvent être les causes possibles d’un tinnitus.

Des personnes à risques

Les statistiques ont donc permis de dégager les catégories de personnes pouvant risquer de subir un jour des acouphènes. Ces catégories sont assez nombreuses[14] :

  • Les personnes exposées au bruit du fait de leur genre de profession (dans l’armée ; dans l’industrie ; dans la musique – comme vu plus haut : nombre de musiciens de rock ont perdu de l’audition et souffrent d’acouphènes ; dans la mécanique ; dans la course automobile...)
  • Les personnes qui s’exposent au bruit par goût (utilisation à fort volume de lecteurs audio avec écouteurs...) ou qui fréquentent assidûment des « zones à bruit » telles que discothèques, concerts à haut volume sonore (d’ailleurs beaucoup de gens ayant assistés à un concert où la musique était très forte ont eu à subir un acouphène temporaire qui, la plupart du temps, s’est résorbé au bout de quelques jours et sans intervention de nature médicale[15])
  • Les personnes vivant dans des agglomérations urbaines bruyantes et à haute densité de population (à contrario : il est intéressant de constater que, des différentes couches socio-professionnelles, ce sont statistiquement les agriculteurs qui sont les moins touchés par le tinnitus)
  • Les personnes ayant écopé d’un ou de plusieurs traumatismes sonores survenus subitement (qui se sont par exemple trouvés à proximité d’une explosion, ou de la détonation d’arme à feu ou de pétards, ou trop près de haut-parleurs à haute émission de décibels...)
  • Les personnes qui utilisent leur téléphone portable trop souvent à un volume sonore trop élevé
  • Les personnes ayant subi des chocs sur la tête ou une blessure à la tête (trauma crânien par exemple) ou des problèmes au niveau du cou (entorse ou raideurs cervicales, arthrose…)
  • Les personnes ayant eu un ou des accidents de plongée
  • Les personnes ayant eu des infections récidivantes aux sinus ou aux oreilles, telles des sinusites ou des otites à répétition par exemple
  • Les personnes ayant tendance aux bouchons de cérumen (l’ORL pourra diagnostiquer cela et le/les retirer)
  • Les personnes souffrant d’hypertension artérielle
  • Les personnes présentant un problème d’articulé dentaire (les dents du bas ne « s’emboitent » pas correctement avec celles du haut lors de la fermeture de la bouche à dans ce cas : consulter le dentiste)
  • Les personnes ayant un problème « mécanique » au niveau des mandibules : la fermeture de la bouche est plus ou moins désarticulée (l’ORL pourra vous guider si vous relevez de ce genre de cas)
  • Les personnes ayant pris des médicaments potentiellement ototoxiques, c’est-à-dire ayant une action néfaste sur l’oreille et les mécanismes de l’audition (vous trouverez plus bas des infos à ce sujet)
  • Statistiquement, les hommes sont plus concernés que les femmes
  • Les personnes qui s’énervent vite, qui sont coléreuses, irascibles, impatientes, qui crient facilement (on disait d’eux autrefois qu’ils avaient un « tempérament colérique »)
  • Les personnes qui ne parviennent pas à se détendre, à lâcher-prise, à se relaxer
  • Les personnes de tempérament anxieux, qui nourrissent des craintes souterraines et ont tendance à vite dramatiser
  • Les personnes qui subissent ce que les Américains appellent le burn out et qu’en France on nomme l’épuisement professionnel
  • Les personnes âgées car l’âge est un des grands facteurs de risque. En effet, les mécanismes de l’audition et l’appareil auditif tendent à se détériorer avec le temps et il y a là d’une part un facteur de possibilité de baisse auditive plus ou moins ample et d’autre part un risque de tinnitus pour certains
  • Des causes génétiques sont également possibles, car on constate qu’il y a des familles dont plusieurs membres souffrent d’acouphènes (toutefois, les conclusions allant en ce sens ne sont pas suffisamment étayées dans l’état actuel de la recherche scientifique et cette hypothèse est pour l’instant seulement une piste de recherche).

Résumons :

Pour résumer, les causes du tinnitus, telles que l’on peut les situer dans l’état actuel de la connaissance, sont donc :

  • L’âge
  • L’agression sonore unique ou répétée
  • Des lésions à la tête, à l’appareil auditif
  • Des dysfonctionnements dentaires ou mandibulaires
  • Des suites d’effets médicamenteux
  • Des attitudes psychologiques plus ou moins négatives.

« Prévenir vaut mieux que guérir ! »

Côté prévention, la législation tient compte des connaissances scientifiques actuelles sur les effets nocifs du bruit : des directives aussi bien européennes que françaises ont ainsi limité le niveau de décibels acceptables (autour des aéroports et des grands axes routiers, dans les lieux bruyants tels que discothèques, concerts, usines, etc.).

Toutefois : force est de constater que l’application de ces lois semble encore aujourd’hui trop souvent laisser à désirer. C’est donc davantage

À chacun d’entre nous d’être lucide des risques et de privilégier la prévention à son propre niveau.

Vous pouvez d’ailleurs déduire quels sont les aspects de la prévention du tinnitus (et aussi quels sont les moyens de l’apaiser quand il est là) en fonction de ce que vous savez maintenant sur ses causes :

  1. En premier lieu : il s’agit d’éviter les agressions sonores. On ne saura évidemment pas à l’avance que l’on va se trouver près de la détonation subite d’une arme à feu, mais pour ce qui est de sources de bruits intenses connues, voilà ce qu’il convient de faire à titre de précautions :
  • Porter des protège-oreilles quand on sait que l’on va être exposé à des sources sonores importantes : au stand de tir, dans le garage où on fait ronfler des bolides, à l’usine si les machines y sont bruyantes, etc… Il existe des coquilles protectrices et des bouche-oreilles en mousse
  • Des protège-oreilles doivent être utilisés lorsqu’on bricole chez soi en se servant d’outils électriques bruyants (par exemple : meuleuse, ponceuse, visseuse, etc.), en particulier si l’on s’en sert dans un lieu clos, comme une cave ou un garage. Idem si vous vous entraînez à tirer au révolver ou au fusil
  • Eviter sans protège-oreilles les lieux du genre concert de rock ou boite de nuit (cela semble évidemment paradoxal : aller au concert avec des protège-oreilles ! Mais sachez-le : choisir de privilégier la satisfaction immédiate d’écouter les musiciens jouant à un volume sonore abusif peut générer des problèmes auditifs d’importance à terme…)
  • Préférer un niveau sonore raisonnable en écoutant de la musique, en utilisant un lecteur audio, avec votre téléphone portable…
  • Pourquoi ne pas mettre (comme moi) du coton dans les oreilles au cinéma quand le volume sonore y est excessif (ce qui est trop souvent le cas) ?
  • Et est-il vraiment nécessaire de rester à proximité des pétards à Nouvel An – au risque de se léser l’audition[16] ?…
  1. En deuxième lieu : si l’on fait partie des personnes à risques – et à fortiori quand on a déjà des acouphènes –, il convient de penser à rendre son médecin attentif à l’ototoxicité (= toxicité pour l’oreille) avérée ou potentielle des médicaments qu’il prescrit (il est supposé savoir desquels il s’agit). Dans les médicaments concernés, on trouve entre autres :
  • Certains antibiotiques
  • Certains anti-inflammatoires de la famille des salicylates (aspirine et médicaments apparentés) s’ils sont consommés à hautes doses
  • Certains anticancéreux
  • Certains diurétiques
  • Certains antidépresseurs
  • Certains antipaludéens
  • Certaines gouttes auriculaires (!)…

Souvenez-vous qu’il vous est utile de lire les notices des médicaments qui vous sont prescrits : elles précisent les éventuels risques d’ototoxicité (et vous pouvez d’ailleurs également vous informer auprès de votre pharmacien pour en savoir plus sur ce plan).

  1. En troisième lieu : savoir rester maître de soi – c’est d’ailleurs plus agréable à vivre et plus constructif à tous les niveaux. Ainsi :
  • Eviter les énervements inutiles : s’énerver, ce n’est certainement pas la bonne méthode pour résoudre les problèmes ! (et d’ailleurs pas non plus pour apaiser votre tinnitus…)
  • Eviter colères et cris : il n’est certainement pas nécessaire de hurler pour se faire entendre ou obéir (au contraire même, probablement !). Il est bien meilleur de privilégier une attitude pacifique (ce qui ne veut pas dire mollassonne !), ce qui est déjà bon pour le système nerveux et pour la qualité de vie – et apporte aussi un élément de prévention ou/et d’apaisement du tinnitus.

4        En quatrième lieu : certaines inadéquations dans le mode de vie et au niveau de l’alimentation peuvent avoir une incidence négative sur le tinnitus. Il est donc bon de veiller à privilégier une hygiène de vie correcte (ce qui est évidemment aussi utile et bienfaisant quand on ne souffre pas d’acouphènes !). Pourquoi faudrait-il risquer de se nuire en se laissant aller à s’atrophier physiquement ? Ou en abusant du tabac, de l’alcool, de la caféine, du sucre ?... Il est de fait que des acouphéniques ont diminué leurs acouphènes en agissant sur leur hygiène de vie : ne pas rester confiné chez soi, aller respirer au-dehors et pratiquer quelques exercices physiques sans violence ; manger plus sain et plus équilibré… – voilà qui non seulement fait partie d’une bonne prise en charge de soi et de son confort de vie, mais peut aussi contribuer à réduire le tinnitus…

5        En cinquième lieu : savoir (ou apprendre si on ne le sait pas ou plus) :

  • Se détendre, se relaxer
  • S’offrir des joies paisibles
  • Apprécier le calme
  • Apprécier la nature (rappel : les agriculteurs, vivant, de par leur métier, au plus près de la nature sont le groupe le moins touché par le tinnitus)
  • Apprécier et écouter de la musique harmonieuse et à un niveau sonore qui doit toujours rester confortable

Car, comme vous le verrez plus loin : la relaxation/détente est un des efficaces moyens de réduire les acouphènes.

 

Des conséquences possibles du tinnitus

Nous venons de voir ce que peuvent être les causes et les symptômes en lien avec les acouphènes, voyons maintenant les conséquences possibles du tinnitus sur la personnalité et sur les différents domaines de la vie.

Aussi étonnant que ce soit, ce n’est qu’à partir des années 1980 qu’on en est venu à penser que certains dysfonctionnements psychologiques et comportementaux chez les personnes ne sont pas inhérents à leur personnalité mais sont la conséquence de l’inconfort ressenti, de la douleur. Or, c’est bien ce que l’on observe en ce qui concerne beaucoup d’acouphéniques : en effet, nombre d’entre eux changent de façons d’être et de se comporter à partir du moment où la souffrance liée au tinnitus leur devient moins supportable (et vous, mon lecteur, peut-être est-ce aussi votre cas ?).

Ces changements de caractère sont susceptibles de se porter sur les différents plans du vécu :

  • Psychologique et comportemental
  • Professionnel
  • Relationnel
  • Privé (vie affective et familiale, vie sexuelle, projets…)…

Voyons maintenant cela d’un peu plus près.

 

Conséquences psychologiques

Il y a différentes évolutions possibles dans ces changements au niveau psychique/comportemental. Par exemple :

  • Une irritabilité nouvelle ou accrue – la personne acouphénique « ne supporte pas » la contrariété, la contradiction, la critique ; elle perd en patience, en indulgence et en tolérance ; elle se sent incomprise et elle en veut aux autres, à ses familiers ; elle a des réactions bourrues, voire agressives…
  • Des aspects de dépression – perte de la gaieté et de l’humour d’autrefois ; difficulté et parfois même impossibilité à accéder aux émotions agréables et positives ; tendances aux ruminations, à la tristesse, à la détresse ; dans des cas plus lourds : envie de mourir, tendances suicidaires…
  • Une fatigabilité accrue, un épuisement physique et mental lié à des difficultés de sommeil et à une réelle usure nerveuse. On peut trouver la tendance à se laisser aller (« À quoi bon ?! »). Et aussi : de plus grandes difficultés qu’auparavant à assumer ce qui se présente, à prendre des décisions, à agir de façon prolongée, à faire preuve de volonté, de persévérance (ce qui risque de handicaper aussi le travail et la vie active)…
Conséquences dans l’action et le domaine professionnel

La profession implique pour la plupart d’entre nous le fait de devoir être productif, d’assumer des contacts humains plus ou moins sympathiques et coopératifs, d’accepter d’accomplir des missions, des challenges, de remplir des quotas… C’est un domaine dans lequel on consomme de l’énergie, qui prend une bonne part du temps de la vie, qui nécessite de la disponibilité, de l’attention, de la concentration et, souvent aussi, de la détermination.

Or, souffrir de quelque chose tend à handicaper les capacités utiles pour remplir toutes ces nécessités et les acouphènes, quand ils sont lourds, peuvent représenter ici un vrai problème :

  • Le relationnel professionnel : la hiérarchie, les collègues et les collaborateurs peuvent vite insupporter l’acouphénique – et les risques de stress, d’incompréhension, de malentendus et de conflits sont d’autant plus susceptibles de survenir…
  • Les capacités : la concentration et l’efficacité au travail peuvent être amoindries et donc les résultats et la productivité attendus risquent d’en pâtir…
  • Les projets : car, comme vu plus haut, avec plus de vulnérabilité à la fatigue et moins d’élan à les concrétiser, ils peuvent évidemment être pénalisés ou abandonnés…
Conséquences dans le relationnel

Les conséquences psychologiques vues ci-dessus tendent évidemment à perturber le plan relationnel :

  • Au niveau de la vie sociale : amis, collègues et relations risquent bien de fuir une relation devenue moins agréable. Un douloureux sentiment de solitude morale peut alors s’installer chez l’acouphénique, ajoutant de la disponibilité à l’attention qu’il porte au tinnitus. Et cela l’éloigne d’autant des bonnes choses de la vie, des contacts humains sympathiques…
  • Risque d’isolement : en dehors des contacts strictement nécessaires, trop d’acouphéniques ont une tendance à s’isoler, à un rejet/refus de la communication avec autrui, à se renfermer et à se recroqueviller sur soi-même – tout le monde « énerve », alors « mieux vaut ne voir personne, ne parler à personne ! »
Conséquences pour l’équilibre et l’épanouissement sexuels

La sexualité n’est pas l’apanage des plus jeunes et il n’y a aucune loi biologique contraignant les seniors à y renoncer. Toutefois, hommes et femmes ont besoin d’une disponibilité au corps pour bénéficier d’une sexualité épanouissante et, quand cette présence au corps est rongée par le tinnitus, cela la handicape lourdement. C’est très dommage car, lors des activités sexuelles et de l’orgasme, le système nerveux secrète de précieuses substances chimiques : de ces endorphines que l’on a appelées « les molécules du bonheur »[17] et qui ont pour propriété de calmer, d’apaiser, de déstresser et aussi de neutraliser la douleur.

Ainsi, la sécrétion des endorphines dans l’organisme peut donc aussi apporter un apaisement à ceux qui souffrent des acouphènes – à la condition de parvenir à vivre une sexualité suffisamment active et apportant de la plénitude. Malheureusement, le tinnitus provoque chez certains acouphéniques une réelle baisse de la libido, ainsi que l’a souligné un acouphénique de cinquante-deux ans avec ces mots :

– Comment être disponible au sexe et au plaisir quand ça hurle dans ma tête ?! Je n’arrive même pas à entrer en érection dans ces cas-là et j’ai presque entièrement dû renoncer au sexe à cause de ces horribles acouphènes !

Selon leur intensité, les acouphènes ont donc également une action néfaste sur la vie sexuelle et sur les avantages que l’on peut en recevoir quand elle est satisfaisante : en termes de bienfaisante chimie organique et donc de bien-être, de plaisir et aussi de lien et de communication intime avec son/sa partenaire. Or, la communication est un des grands ciments du couple et du sentiment…

 

Conséquences sur la vie privée

Je viens de parler de ciment de la vie affective. Le tinnitus, lui, peut se révéler un très efficace « anti-ciment » et briser des couples : bien des conjoints ont été lassés par le nouveau caractère « de chien » de leur compagnon/compagne devenu(e) acouphénique. Certains acouphéniques ont vécu la rupture de la communication avec leur partenaire – et donc ont vu s’effilocher les agréments qui existaient auparavant dans leur couple. Et d’autres ont, à cause des acouphènes, subi la rupture tout court…

Indépendamment même d’un caractère devenu plus ou moins désagréable, la qualité de la vie privée et des échanges sentimentaux peut pâtir du tinnitus de l’un des partenaires. Moins (ou plus du tout) de plaisirs à deux ou en famille, moins de sorties, moins d’égards pour ce qui peut être ressenti comme important par l’autre … Quand l’attention de l’acouphénique se tourne trop vers son tinnitus, quelle disponibilité peut-il encore avoir pour le partage, pour la tendresse, pour une écoute suffisante ? Ou bien pour des projets plaisants ?...

Alors oui : la vie sentimentale, la vie de famille et l’harmonie qui y sont désirables peuvent être lourdement handicapées par la survenue du tinnitus :

  • La vie familiale et les rapports familiaux : il est très difficile pour quelqu’un qui ne souffre pas d’acouphènes de concevoir la dureté de l’épreuve que peuvent dans certains cas représenter les acouphènes. Les réactions d’incompréhension ou/et d’impatience de l’entourage aux attitudes réactives du proche acouphénique peuvent ajouter aux tensions et aux risques de conflits (ce qui ne viendra évidemment pas améliorer le tinnitus !)…
  • La vie amoureuse : lorsque le/la partenaire est trop souvent houspillé(e), les relations sentimentales ne sont plus guère dignes de ce nom !... L’amour n’est pas supposé résister aux insultes ou au refus de communiquer et je connais des acouphéniques qui, en plus de la souffrance liée au tinnitus ont dû faire face aux affres de la rupture parce qu’ils étaient devenus invivables…

 

Ainsi, en plus de l’inconfort qu’il représente en lui-même, le tinnitus peut porter ses effets négatifs dans votre psychisme et dans votre corps, dans les rapports avec vos proches et avec vos autres relations, et aussi dans votre vie professionnelle et dans votre carrière… Oui : les acouphènes peuvent se révéler être un véritable et lourd handicap sur tous les plans importants de votre vie.

Parvenir à au moins les réduire peut donc se révéler être un enjeu d’une très réelle importance…

 

Des acouphéniques célèbres – dans l’histoire et dans l’actualité

Vous avez un tinnitus et vous n’êtes pas le seul car, les acouphènes, ce n’est pas nouveau : bien des gens en ont pâti dans le passé – évidemment beaucoup d’anonymes et aussi des personnes qui sont passées dans l’histoire. Citons quelques-unes de celles-ci :

  • Le naturaliste Pline – un auteur romain qui, dans l’Antiquité, en avait déjà décrit les symptômes
  • Le poète latin Ovide qui, de toute évidence, les connaissait bien les acouphènes parce qu’il en souffrait
  • Le peintre Van Gogh – savez-vous pourquoi il s’est tranché une oreille ? : il l’a fait dans une vaine tentative d’échapper à un tinnitus très invalidant…

Plus près de nous :

  • Le théologien Martin Luther
  • Le philosophe Jean-Jacques Rousseau…

De façon plus actuelle, bien des musiciens de rock en sont atteints, citons parmi eux :

  • Ozzy Osbourne (Black Sabbath)
  • Phil Collins (Genesis)
  • Pete Townsend (The Who)
  • Sting… (The Police)
  • Francis Rossi (Status Quo)
  • Lars Ulrich (Metallica)
  • John Illsley (Dire Strait)
  • Brian Wilson (Beach Boys)
  • Eric Clapton
  • Bob Dylan – dans une de ses chansons, il chante : « J’ai marché toute la nuit en entendant sonner des cloches d’église […]. Mes oreilles tintent, tintent ! – comme des coquillages vides »[18]

Les acouphéniques sont à la recherche de solutions

Quand des acouphènes apparaissent, il est évident que la première chose à faire est de consulter le médecin ORL pour un contrôle sérieux de l’audition et de l’appareil auditif. Ainsi, celui-ci pourra poser son diagnostic et vérifier l’existence ou non d’une des rares causes graves d’acouphènes ou encore celles, plus bénignes, relevant de la chirurgie. Selon ce qu’il trouvera, il pourra proposer un traitement.

Toutefois, rappelons que dans près de 95% des cas d’acouphènes, l’examen ne révèlera aucune cause grave ou organique (ce qui aura déjà pour avantage de rassurer la personne acouphénique quant à son état de santé, et lui permettra de cesser de « fantasmer » négativement sur ce qui lui arrive). D’autre part, dans ces types de cas d’acouphènes, plutôt que de prescrire des médicaments qu’il sait d’une part inutiles et d’autre part susceptibles d’indésirables effets secondaires, le médecin compétent conseillera au patient de s’habituer à ces bruits-fantômes, d’apprendre « à vivre avec ». C’est honnête, mais c’est souvent extrêmement frustrant pour celui qui subit le tinnitus : on lui demande de tolérer l’inconfort au lieu de le soigner… Les patients essayent alors de porter le moins possible leur attention sur leurs acouphènes et, surtout quand ceux-ci sont intermittents, ils y arrivent plus ou moins bien. Ou ils cherchent à s’y habituer (ce qui n’est jouable que si les bruits n’atteignent pas un niveau sonore difficile à supporter) : il s’agit pour ces patients d’accepter le fait qu’il leur faille vivre avec le tinnitus. D’ailleurs, nombre d’acouphéniques vivent normalement et sans subir trop d’inconvénients du fait de leur tinnitus.

Mais c’est beaucoup plus problématique pour d’autres et ces personnes partent à la recherche de solutions médicales, voire du remède miracle – qui n’existe pas. Elles consultent alors successivement quantité de soignants de tous bords. Ainsi, si le tinnitus coûte cher au niveau individuel en termes de qualité de vie et de relations humaines, il est également ruineux en termes d’argent : on constate statistiquement le fait que les acouphènes provoquent une surconsommation vaine d’analyses (dont l’IRM), de spécialistes (allant de la médecine officielle aux médecines alternatives) et aussi de médicaments pourtant souvent inefficaces[19] (et à effets secondaires !).

Malgré cette quête de solutions auprès des instances médicales, le patient acouphénique est en fin de compte très souvent voué à lui-même : la médecine l’invite donc à s’habituer au tinnitus ou encore à se résigner – et à subir (l’expression « subir en silence » n’est d’ailleurs pas ici la bonne formule !)…

On comprend bien que celui qui souffre du tinnitus soit en recherche de moyens susceptibles de l’aider. Alors, une fois qu’il a constaté le fait que la médecine manque de moyens efficaces pour l’aider par rapport au tinnitus – et à la condition d’accepter de se prendre en charge par soi-même –, l’acouphénique qui continue à chercher peut découvrir de tels moyens et les utiliser : c’est là le propos de la suite de ce livre.

 

Je vous propose donc de tourner maintenant la page, puisque nous allons maintenant aborder ensemble ces différents moyens…



[1] - La maladie est définie comme un dysfonctionnement dans le fonctionnement sain de l’organisme. La santé physique est définie au premier degré comme l’absence de maladie. Une définition plus complète de la santé ajoute que c’est un fonctionnement du corps permettant de vivre une vie équilibrée, active et dépourvue de souffrances corporelles.

[2] - Un symptôme est une manifestation subjective ressentie et décrite par le patient. Il s’oppose au signe clinique qui, pour la médecine, est une manifestation objective d’une maladie (par exemple l’existence d’une arythmie cardiaque qui est repérable à l’auscultation et à l’électroencéphalographe, ou encore la présence du bacille de Koch dans l’analyse d’expectorations d’un patient tuberculeux…).

[3] - Sauf dans certains cas que nous verrons plus loin.

[4] - Pour les personnes intéressées, voir en particulier les travaux de scientifiques tels que Olivier Naggara, Sébastian Rodrigo, Catherine Oppenheim, Jean-Francois Meder, du Département d’Imagerie Morphologique et Fonctionnelle – Centre Hospitalier Sainte Anne, Paris.

[5] - Vous souhaitez en savoir plus sur les moyens de vaincre les angoisses et l’anxiété ? : voyez mon livre Angoisses, anxiété ? – Comment vous en délivrer…

Éd. Neo Cortex : http://www.neo-cortex-editions.com/?page_id=201 )

[6] - Psycho = psychisme ; soma = corps.

[7] - Le psychomental peut évidemment aussi aider à stimuler les forces d’autoguérison et de bien-être : vous trouverez plus loin des moyens d’agir à ce niveau pour votre mieux-être.

[8] - Micro-somme : très courte période de sommeil (de quelques secondes à quelques minutes.

[9] - Asthénie : c’est un état de fatigue/abattement/dépression physique ou/et psychologique.

[10] - D. F. Kripke, R. D. Langer, L. E. Kline, Hypnotic’s association with mortality and cancer: a matched study, BMJ Open 2012 (N.B. : les somnifères sont aussi nommés « médicaments hypnotiques »).

[11] - Malgré toutes ces connaissances sur leurs inconvénients et leur peu d’avantages, la France reste le pays le plus consommateur au monde de ces classes de médicaments : les français en prennent trois fois plus que les Allemands et que les Anglais !

[12] - Certains types de torture utilisent cet empêchement de rêver pour briser la résistance physique et psychique de la victime.

[13] - Je reviendrai plus loin sur ce sujet.

[14] - Il doit rester évident que dans cette énumération, il s’agit de risque et non pas de fatalité de devoir souffrir d’acouphènes un jour. Par exemple : la résistance aux bruits de forte intensité varie grandement d’une personne à l’autre.

[15] - Cela m’est arrivé : trois jours de sifflements dans les deux oreilles après avoir assisté à un concert ! Depuis – mon ouïe m’étant précieuse – je me mets du coton hydrophile dans les oreilles quand je vais au cinéma et j’évite les concerts à risques de décibels en excès.

[16] - Pas seulement cela d’ailleurs : une de mes amies a eu un incendie sur sa terrasse à cause de pétards allumés par des fêtards en bas de chez elle par une nuit de St Sylvestre ! Fêter, c’est bien – mais pas fêter stupidement !…

[17] - Je vous en parle plus extensivement plus loin.

[18] - Call letter blues.

[19] - Ce sont là les coûts financiers directs. Il y a aussi les coûts indirects : arrêts de travail, efficience professionnelle réduite et donc productivité amoindrie…